Le (très) gros tapis des jeux en ligne

Thibaud Vadjoux

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Le 1er janvier 2010, le coup de sifflet sera donné pour ouvrir à la concurrence le marché des jeux en ligne actuellement détenu par la Françaises des Jeux (FdJ) et le PMU. Le match promet d'être serré pour les nouveaux entrants des paris en ligne (jeux sportifs, hippiques et poker).

Les appétits sont énormes pour cette nouvelle manne, tant pour les opérateurs qui vont se partager un marché en France estimé entre 2,3 et 3,1 milliards d'euros (illégal et légal) selon l'étude de Precepta (Xerfi), que pour l'Etat qui espère maintenir le niveau de ses recettes fiscales sur les jeux à 5 milliards d'euros.

Du côté légal, le PMU et la FdJ profitent déjà pleinement du boom des paris en ligne. Même si le "on-line" reste encore assez restreint dans leur activité totale, le chiffre d'affaires y a progressé de 40% pour la FdJ et 67% pour le PMU en 2007.

Les acteurs illicites en France (Bwin, Winamax, Mangas Capital Gaming...) surfent aussi depuis longtemps sur ce marché. Et cela leur donne, avant même l'ouverture, une position dominante. "Leur offre s’est aujourd’hui grandement professionnalisée et certains sites ont acquis une telle crédibilité auprès des joueurs qu’il sera difficile de leur reprendre leurs parts de marché (sauf à en interdire l’accès aux joueurs français)", analyse Precepta (Xerfi) dans son étude "Paris sportifs et jeux d’argent en ligne. Quels acteurs pour quel marché ?".

Le gâteau fait rêver. Pour le poker en ligne comme pour les paris sportifs, les opérateurs réalisent en moyenne une marge de 10% sur chaque mise. A une table de poker virtuelle, pour une mise de départ 5 euros, il faut, en fait, débourser 5,50 euros. Pour les paris sportifs, "sur 100 euros misés, 7,50 euros seront taxés par l'Etat, sur les 92,5 euros restants, 84,17 euros sont restitués aux joueurs gagnants sous forme de gains (91%) et il reste 8 euros à l'opérateur", explique Hervé Schlosser, fondateur de Sportnco.fr, candidat à l'obtention d'une licence. Le site réalise donc une marge de 10% sur les mises après déduction des impôts. Dans le futur projet de loi, le taux de reversement des mises vers les joueurs gagnant sera fixé par décret et garantira un retour de 80 à 85% pour les clients. Cela va donc permettre d'augmenter les marges des opérateurs.

Demain, six à douze acteurs peuvent prétendre à une bonne place selon les estimations des professionnels. Les casinos, les groupes de médias et de télécoms (Amaury, Orange, M6...), les sites étrangers sont sur la ligne de départ. Mais les acteurs illicites, présents depuis longtemps et connus du grand public, bénéficient d'une longueur d'avance.

Car la bataille se jouera essentiellement sur le plan de la notoriété. Les acteurs légaux ne comptent pas seulement sur la loi. Impossible pour les autorités de régulation de surveiller et interdire les 25.000 sites illicites déjà recensés sur la toile en France en dépit des sanctions et des mesures coercitives annoncées par le gouvernement (45.000 euros d'amendes aux sites illégaux et 3 ans d'emprisonnement, blocage des sites internet, signalement pour l'internaute de l'illégalité du site…).

Les opérateurs légaux veulent plutôt jouer sur leurs liens avec le monde sportif. Le sponsoring de clubs, la publicité (seulement autorisée pour les sites légaux), les partenariats avec les ligues et les applications sur les sites d'informations sportifs seront les prochains outils qui permettront de s'asseoir à la table des leaders. Sans une forte popularité auprès du public et des fédérations sportives, les sites légaux ne pourront tacler les sites illicites qui échappent à toute fiscalité et à de nombreuses contraintes.

Pour Hervé Schlosser, les atouts de son site vis-à-vis des acteurs illégaux sont avant tout "la reconnaissance et la notoriété à travers nos ambassadeurs (Franck Leboeuf, Fabien Pelous pour le sport et Jean-Pierre Foucault pour le jeu) mais aussi nos partenariats avec les clubs de sports et notre proximité (présence sur des événements en France)."

L'Etat espère aussi profiter du système. Il reversera une partie des taxes à la lutte contre la dépendance aux jeux, aux Fédérations sportives (8% des mises des paris hippiques pour la filière), au ministère du Sport (1 point de taxe sur les paris sportifs) et au ministère de la Culture (15% des taxes sur le poker) pour financer les monuments publics.

Afin de rendre compétitif les sites légaux, le gouvernement a décidé d'appliquer en 2010 une fiscalité de 7,5% sur les jeux sportifs et de 2% pour le poker aussi bien pour les sites internet que pour les paris physiques du PMU et de la FdJ alors qu'ils étaient encore de 9,5% et 14% pour le PMU et la FdJ. Cet alignement des taux va réduire automatiquement les recettes de l'Etat sauf si le volume du marché des jeux en ligne explose, auquel cas, l'Etat récupérait plusieurs fois sa mise.