L'autopartage, un marché d'avenir

Guillaume Guichard

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Partager une voiture entre des milliers d'usagers, cette idée a de l'avenir. Selon une étude du cabinet Oliver Wyman, la pratique de l'autopartage est appelée à se développer très fortement en France dans les années qui viennent. L'autopartage, c'est la location de voiture sur abonnement pour de très courtes durées. Et pour l'instant, cette pratique reste confidentielle en France, avec un chiffre d'affaires estimé de 5 millions d'euros, essentiellement réalisé par de petites entreprises dans une dizaine de villes.

Mais la France est en retard. En Europe, le secteur est tiré par le Royaume-Uni et les Pays-Bas et les pays nordiques ainsi que la Suisse ont pris une certaine avance. Au niveau mondial, ce sont surtout les Etats-Unis qui montrent la voie, avec ZipCar. Cette société, financée par un fonds d'investissement écologiste, gère un parc de 5.500 voitures dans 28 villes nord-américaines ainsi qu'à Londres.

Selon les auteurs du rapport, il existe néanmoins en France une "forte demande latente" et un "net potentiel de développement". Selon un sondage réalisé pour l'occasion, 13% des Français et 40% des Parisiens se disent "prêts à utiliser régulièrement" l'autopartage.

Cette pratique vise une clientèle urbaine, plutôt aisée, qui utilise sporadiquement la voiture. "Typiquement, le client utilisera ce mode de transport pour des trajets banlieue-banlieue, sur 30 à 50 km", illustre Gilles Roucolle. Selon les calculs du cabinet, il est en effet plus rentable de faire appel à l'autopartage que d'acheter une voiture si l'usager roule moins de 10.000 km par an. Et moins de 20.000 km s'il doit louer un parking.

Reste que les offres sont plus coûteuses que, par exemple, le Velib parisien. Il faut compter 8 à 9 euros l'heure de location, plus un abonnement à l'année d'environ 300 euros. C'est cher, mais nécessaire pour assurer la rentabilité de l'activité. "L'autopartage nécessite une mise en fonds importante de la part des opérateurs: il faut investir dans un parc automobile important et dans un maillage serré de stations", souligne Gilles Roucolle. Vu ces contraintes, il n'y a de la place que pour peu d'acteurs sur un même marché, car il faut faire du volume.

Qui dominera le marché français? "La bataille va se jouer autour de l'appel d'offre Autolib de la mairie de Paris ", analyse Gilles Roucolle. La municipalité souhaite développer un réseau d'autopartage de 4.000 véhicules au total, sur le modèle du Velib. Celui qui remportera le marché devrait s'assurer une avance déterminante pour dominer le secteur. "Il existe un avantage clair au premier entrant qui, en se positionnant comme un acteur "green", se différentie fortement aux yeux des clients", explique Bruno Despujol, de Wyman. SNCF, Véolia, Avis… Les candidats au marché de l'autopartage sont déjà sur les starting-blocks.