Grand emprunt: qu'est-ce qu'une "dépense d'avenir"?

Elsa Meyer

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Le montant du grand emprunt s'affine, les modalités de levée des fonds sont quasiment définies et la question de la gouvernance se précise.

Au niveau des projets retenus, en revanche, le flou persiste. La commission Juppé-Rocard en charge du dossier devrait rendre son rapport en fin de semaine à Nicolas Sarkozy. Tous s'accordent à dire que le grand emprunt devra financer des "dépenses d'avenir ". Mais comment les définir concrètement?

Contre un nouveau plan de relance

Patrick Devedjian, ministre de la relance, s'est essayé à cet exercice lors d'un colloque parlementaire organisé ce mardi sur le thème "Emprunt national: panser la crise ou penser l'avenir?".

Pour déterminer ce qu'est un investissement du futur, le ministre s'est tout d'abord employé à dire ce qu'il n'était pas. "Le grand emprunt ne représente pas la continuité du plan de relance. Ce dernier consiste en un effort financier massif, indissociable de la crise, tandis que le second s'établit sur le long terme".

L'objectif n'est donc pas de financer des dépenses de fonctionnement ou de pallier aux manques de moyens alloués à certaines politiques publiques, mais d'investir dans des secteurs à fort potentiel de croissance, en espérant des répercussions sur l'ensemble de l'activité. Ces domaines dits "d'avenir" font globalement consensus. Nicolas Sarkozy, François Fillon aussi bien que Michel Rocard soulignent la nécessité de privilégier l'économie de la connaissance, la croissance "verte" ou bien encore le numérique.

Le critère de la rentabilité

A partir de là, encore faut-il définir un critère pour choisir entre l'ensemble des projets possibles. Selon le député UMP Hervé Mariton, membre de la commission des Finances, il n'en existe qu'un seul: la rentabilité.

"Une dépense d'avenir est une dépense rentable. C'est le seul curseur qui doit prévaloir dans le cadre de ce grand emprunt", précise-t-il. Il souhaite ainsi que le gouvernement détermine les retombées en termes de croissance, d'emplois, de développement des territoires ou d'impact environnemental des projets retenus, ainsi que de ceux écartés, pour comprendre comment le choix s'est opéré.

"Un investissement qui rapportera 100 doit être privilégié à celui qui ne rapportera que 80. Les modèles économiques existent pour faire ces calculs. Je comprends que certaines dépenses publiques soient difficiles à chiffrer, mais elles ne sont alors pas concernées par ce projet national", ajoute Hervé Mariton. Et ilva même plus loin: "si ce travail de chiffrage n'existe pas, je ne voterai pas le grand emprunt ".