Pas de juste prix pour l'éolien

Guillaume Guichard

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Combien vaut l'électricité éolienne? Le ministère de l'Ecologie vient de confirmer le prix de vente de l'électricité éolienne, fixé à 82 euros le mégawatt/heure (MWh), déclenchant des réactions diverses. Les professionnels de la filière ont applaudi. Le Conseil supérieur de l'énergie, constitué de députés, de fonctionnaires et d'élus locaux, est satisfait. Mais la Commission de régulation de l'énergie (CRE) est contre: elle trouve le prix trop élevé.

Ce tarif est imposé à EDF lorsqu'il rachète l'énergie aux exploitants de champs éoliens. Il représente un surcoût de 17% pour l'opérateur électrique, comparé au prix de marché moyen de 70 euros le mégawatt/heure observé en 2008 sur la Bourse à l'énergie Powernext. Normal, car ce prix a été fixé pour développer la filière, explique Jean-Michel Glachant, professeur d'économie à l'Institut Universitaire Européen de Florence: "il ne peut pas être question de prix de marché: l'éolien n'est pas encore une activité commerciale mais une politique publique de développement" dans le cadre de l'objectif d'augmenter à 20% la part d'énergie renouvelable dans le mix énergétique d'ici 2020.

Le consommateur portera forcément une partie du surcoût total lié au développement de l'éolien, estimé à 973 millions d’euros en 2010, d'après l'Ademe (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie). En 2015, ce surcoût devrait s'élever entre 1,7 et 2 milliards d'euros, selon les estimations de la CRE.

Autre problème: le manque de zones très ventées. Le développement de l'éolien est actuellement très rapide (+33% d'énergie produite en France entre 2007 et 2010, prévoit Xerfi). Mais demain? Les sites très ventés, donc très productifs, sont rares. Ils se trouvent principalement dans trois régions, le Centre, le Languedoc-Roussillon et la Bretagne. Du coup, "c'est la course à celui qui y installe le premier ses parcs d'éoliennes", raconte Philippe Gattet, analyste chez Xerfi. "Et comme il n'y a pas assez de place pour tous, les promoteurs de projets éoliens se tournent vers les régions moins ventées, où le rendement des parcs est inférieur et plus aléatoire".

Si l'on ajoute à cela l'embouteillage des chaînes de production des fabricants créé par la forte demande d'éoliennes entraînant une hausse des prix, on constate que les perspectives de rentabilité des investissements des producteurs d'électricité sont encore plus affectées, selon des spécialistes du secteur. Les gros producteurs, comme EDF Energies Nouvelles, qui a annoncé mi-décembre la mise en service dans l'Aveyron du plus grand parc éolien de France, d'une capacité de 82 MW, sont suffisament solides pour tenir. Mais, "pour les petits producteurs, il devient risqué d'investir dans un parc" à court terme, prévient Jean-Michel Glachant. Même avec un tarif régulé et garanti sur 15 ans.