Le pari industriel de Free

Catherine Vincent

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Plus on s'approche du 29 octobre, plus il se confirme que Free sera finalement le seul candidat à l'obtention de la 4e licence de téléphonie mobile en France. L'Arcep a lancé son appel d'offres en août dernier et depuis, en pleine crise économique, les défections tombent une à une.

Virgin Mobile, qui comptait s'associer à Numéricable, a finalement racheté Tele2 Mobile et se dirige plutôt vers le marché des MVNO (ces opérateurs virtuels qui ne possèdent pas leur propre réseau). Numéricable, concentré sur le réaménagement de sa dette, n'a pas les moyens de débourser les 240 millions nécessaires à l'achat de cette licence et s'oriente également vers le marché des MVNO.

Tous deux ont d'ailleurs confirmé le 22 octobre ne pas vouloir de la 4e licence
.
Bolloré a aussi abandonné la quatrième licence mobile
tandis que l'Egyptien
Orascom a annoncé qu'il renonçait
.

Free, en revanche, a constitué son dossier et est dans les starting blocks.

Peu de chance

Et il semble peu probable que SFR, Orange et Bouygues Telecom, malgré les différentes procédures en contentieux qu'ils ont engagé, ne parviennent à s'opposer à l'arrivée de ce nouveau concurrent. SFR et Orange ont concentré leurs attaques sur le terrain européen. Ils dénoncent le prix de 240 millions fixé par le gouvernement alors qu'ils ont, eux, payé 618 millions il y a 10 ans.

Il se trouve que l'Europe a déjà pris position dans des cas similaires, notamment en République Tchèque. Elle a considéré que des différences de prix étaient valables en cas de différences objectives comme la quantité de fréquences allouées, les décalages de calendrier ou les évolutions technologiques. Or le dossier de la 4e licence mobile française contient ces différents éléments. Il est incontestable qu'il sera plus difficile aujourd'hui pour un nouvel entrant de s'implanter sur le marché des télécoms mobile compte tenu du fait que la concurrence est déjà bien implantée et organisée. En outre, la 4e licence concerne une bande de fréquences de 5 MHz contre 15 MHz pour les trois opérateurs existants.

Contentieux stérile

Ce deuxième élément sur la quantité de spectre est un faux problème économique dans la mesure où les opérateurs existants devront rétrocéder gratuitement une partie de leurs fréquences au nouvel entrant. Et puis ce qui compte, c'est d'entrer sur le marché. Faux problème économique certes, il n'en demeure pas moins un véritable arguement juridique auquel sera sans nul doute sensible la Commission européenne.

D'autant qu'elle a souvent pris parti pour l'arrivée en France d'un quatrième opérateur. Elle considère qu'un nouvel entrant contribuera au développement de la concurrence, ce qui sera favorable au consommateur.

Bouygues Telecom a pour sa part préféré porter l'affaire devant le Conseil d'Etat
. Là encore, il est peu probable que cela débouche sur une interdiction. La première procédure d'appel d'offres pour la 4e licence date du début des années 2000. En vue de l'appel d'offres lancé en août, le gouvernement a largement eu le temps de consulter le Conseil d'Etat et a suivi ses recommandations. Il serait étonnant qu'il se déjuge aujourd'hui.

Le terrain du contentieux a donc de fortes chances d'être stérile. Reste le combat commercial et industriel.

La nocivité des antennes

Le nouvel entrant devra déployer son réseau d'antennes mobiles dans les prochaines années dans un contexte de débat sur la réduction du nombre et de la puissance de ces antennes considérées comme nocives pour la santé. Or Free a monté son dossier de candidature sur la base de la législation actuelle dont on sait qu'elle va se durcir.

L'Agence de sécurité sanitaire a tout récemment préféré la prudence en recommandant une réduction des expositions aux ondes électromagnétiques.

Ce débat a déjà une conséquence: il est de plus en plus difficile d'obtenir les autorisations d'installation de nouvelles antennes. C'est l'une des difficultés principales auxquelles sera confronté Free.

Agressions commerciales

En outre, si le contentieux est la partie visible de l'action anti-Free des opérateurs existants, leur combat existe aussi sur le terrain commercial. Les hostilités ont déjà été lancées sur le business de base de Free: l'Internet fixe. Tous tentent de lui ravir des abonnés triple-play.

Car une chose est sûre, si Free parvient à maintenir ses positions dans son coeur de métier, il sera un concurrent plus redoutable encore en 2012, lors de son arrivée effective sur le marché mobile. Ses concurrents déploieront donc toutes les stratégies commerciales pour lui faire perdre des parts de marché. C'est de bonne guerre et cela devrait favoriser le consommateur.

La 4G en vue

Dernier risque pour Free: la mise à niveau technologique. Entrer sur le marché du mobile nécessitera de lourds investissements. Free, avec la 4e licence, arrivera en 2012 sur le marché déjà très rodé de la 3G.

Mais en 2010, l'Arcep lancera les appels d'offres pour la génération d'après, la 4G avec des perspective de lancement de ce marché en 2014. Deux ans, c'est court pour procéder à de nouveaux investissements alors que les précédents n'ont pas été amortis. Et c'est une évidence, pour séduire le consommateur et étoffer son portefeuille d'abonnés, Free ne pourra alors faire l'impasse sur les évolutions technologiques.

Au global, le pari de Free est tout de même risqué.