GVT, coûteux relais de croissance pour Vivendi

Jocelyn Jovène

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C'est un TGV des télécoms que Vivendi va prochainement acquérir au Brésil. Mais l'opération se fait au prix fort.

Après jeté l'éponge pour racheter une partie des actifs de l'opérateur africain Zain, Vivendi jette son dévolu sur l'opérateur alternatif GVT SA, créé en 1999 et présent dans la téléphonie fixe. Le groupe de Jean-Bernard Lévy fait une offre généreuse pour prendre le contrôle de cette société cotée en Bourse. A 2 milliard d'euros pour 100% du capital, l'offre de Vivendi valorise GVT 8,8 fois son excédent brut d'exploitation 2009 contre un multiple de 4,7 pour le groupe de médias et de télécommunications.

Trois arguments peuvent expliquer une telle valorisation: la forte croissance attendue des ventes et des profits de l'opérateur (23% et 25% respectivement); l'entrée sur un nouveau marché émergent (le Brésil) dont la santé économique reste solide malgré la récession; et des marges bien supérieures à celle de Vivendi dans les télécommunications (32,3% pour SFR mais 58,9% pour Maroc Telecom).

Pourtant, l'opération n'est pas dénuée de risques. Déjà, GVT ne représente que 3,5% du chiffre d'affaires télécoms de Vivendi, sur la base des chiffres de 2008. Et comme le notent les analystes d'Exane BNP Paribas dans une note publiée mercredi, pour maintenir un rythme de croissance soutenu, GVT va devoir continuer d'investir lourdement (un taux 60% du chiffre d'affaires est avancé).

D'autre part, le marché brésilien reste encore faiblement équipé en lignes à haut débit (34% de la population ont accès à Internet et 5% au haut débit), mais compte tenu de l'organisation du pays autour de grands centres urbains, il semble difficile d'imaginer que le haut débit atteindra les taux d'équipement que l'on observe aujourd'hui en Europe (60% voire plus).

Enfin, GVT reste un opérateur de petite taille face à des groupes bien implantés comme Telefonica, Embratel/Net Services ou TeleNorte.

Et selon le courtier, les fondateurs souhaitaient vendre 20% du capital de l'opérateur. Une opération désormais caduque avec l'arrivée de Vivendi. "Cela soulève la question de savoir pourquoi les principaux actionnaires étaient si pressés de vendre une participation majoritaire et pourquoi aucun opérateur n'était intéressé de la racheter", observe Exane. Autant de questions auxquelles les dirigeants de Vivendi devront rapidement répondre pour rassurer.