La crise de l'industrie musicale perdure

Jocelyn Jovène

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Les temps sont toujours durs pour les "majors" de l'industrie musicale. Bien que se partageant à 4 le gros du marché mondial de la musique, les principales maisons du secteur -Universal Music Group, Sony Music Entertainement (ex Sony-BMG), Warner Music Group et EMI- voient leurs ventes chuter et tardent à trouver dans la vente de musique numérique un relais de croissance.

-8,3% en 2008

L'an dernier, les ventes mondiales de l'industrie ont baissé de 8,3% à 18,4 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) selon l'IFPI, et ce malgré un bond de 24% des ventes numériques. Malgré la crise qui touche l'industrie depuis le début des années 2000, que les majors mettent sur le compte du piratage, les principales maisons d'édition ont tardé à s'adapter à la nouvelle donne provoquée par l'irruption d'Internet comme vecteur de standardisation (numérisation) et de diffusion de la musique.

Selon une récente étude de PriceWaterhouseCoopers (PWC), l'industrie mondiale des médias (dont la musique n'est qu'un segment) devrait voir son chiffre d'affaires baisser de 3,9%, soit bien plus que l'économie mondiale.

Outre les effets de la récession sur la consommation des ménages, la migration des médias vers le numérique entraîne des modifications des habitudes de consommation. Les gens veulent consommer les médias qu'ils désirent, où et quand ils le veulent.

Réductions de coûts chez UMG

La plupart des grandes maisons de disques tentent de faire face à de tels défis en réduisant les coûts, mais ont continué de souffrir au cours du premier semestre 2009. UMG, filiale de Vivendi, leader mondial du secteur avec des artistes comme U2, Eminem, Amy Winehouse a réalisé un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année 2009, quasi stable sur un an, mais a vu sa marge d'exploitation plonger à 10,5% contre 12,7% un an plus tôt.

Sony en perte

Sony Music Entertainement est le deuxième acteur mondial du secteur. La filiale détenue à 100% par le géant japonais de l'électronique Sony depuis le rachat des parts de BMG produit des artistes internationaux – AC/DC, Britney Spears, Pink, Beyoncé, Gossip, et locaux – Yui, ikimono-gakari ou Juju.

Sony détient et gère en outre les droits de plus de 750.000 titres parmi lesquels figurent les Beatles, Bob Dylan, Willie Nelson, Roy Orbison ou Joni Mitchell, à travers sa filiale Sony/ATV Music Publishing, dont l'autre actionnaire était Michael Jackson, disparu le 25 juin dernier. Mais la filiale perd de l'argent (6 milliards de yens au cours de l'exercice clos le 31 mars 2009). Le groupe ne communique que très peu d'éléments financiers sur sa nouvelle filiale.

Warner plonge

Warner Music Group est le troisième major de l'industrie (R.E.M., MC Solaar, Cher, Led Zeppelin…). Sur les neuf premiers mois de l'année fiscale, la société a vu son chiffre d'affaires diminuer de 12% à 2,3 milliards de dollar. Son résultat opérationnel a chuté de 43% à 81 millions de dollars.

EMI sous pression

EMI Group (Coldplay, Snoop Dogg, Robbie Williams, Norah Jones…), filiale du fonds d'investissement Terra Firma, fait non seulement les frais de la baisse du marché et de la perte d'artistes majeurs comme Radiohead, mais également des difficultés de son actionnaire, touché de plein fouet par la crise financière.

Le Wall Street Journal rapportait mi-août que la société ne dégageait pas suffisamment de profits pour honorer un prêt de 950 millions de livres de la part de Citigroup.

Réflexions

Récemment, le directeur général d'EMI Music, Elio Leoni-Sceti, affirmait: "nous sommes dans une situation où 70% de la consommation de musique est digitale, mais seulement 20% de nos revenus viennent du numérique", tout en reconnaissant que l'industrie musicale "a perdu le lien avec le consommateur".

En octobre, une conférence sur le sujet organisée par la société C&binet sera l'occasion pour l'industrie musicale de réfléchir sur son sort et peut-être d'imaginer des pistes plus innovantes que la seule lutte contre la piraterie.