Washington opposé à un plafonnement des bonus

Catherine Vincent (avec AFP)

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Malgré les efforts de Nicolas Sarkozy pour le convaincre, le président américain Barack Obama reste opposé à un plafonnement des primes des banquiers et des traders qui suscitent l'indignation populaire et que les Européens souhaitent réglementer, a déclaré l'un de ses hauts conseillers à une semaine du sommet du G20.

Devant la presse, Mike Froman, conseiller national adjoint à la sécurité nationale pour les affaires économiques internationales, a jugé "probable" que les dirigeants du G20 réunis la semaine prochaine à Pittsburgh (Pennsylvanie, est) s'entendent sur une "série de principes" sur cette question, des propos qui semblent matérialiser la distance entre les positions américaines et européennes.

Les Européens comptent mettre la pression sur les Américains avant le sommet les réunissant ainsi que les dirigeants d'autres pays avancés et des grandes économies émergentes la semaine prochaine.

Dans un projet de document final qui devait être soumis aux chefs d'Etat et de gouvernement européens jeudi soir lors d'une réunion préparatoire au G20, ils demandent que la "rémunération variable" versée aux banquiers soit "limitée". Et ils appellent le G20 à "se mettre d'accord sur des règles contraignantes pour les institutions financières sur les rémunérations variables, soutenues par la menace de sanctions au niveau national".

Pas de règles individuelles

"Le président a dit très clairement qu'il soutenait une approche vigoureuse de la question des rémunérations des dirigeants, mais il est réticent à l'idée d'imposer des niveaux individuels de rémunération", a précisé Mike Froman à des journalistes. "Je pense que le G20, étant donné l'intérêt de ses membres pour cette question, en discutera et trouvera un accord sur une série de principes pour l'avenir", a-t-il ajouté.

Lors de la réunion du G20 Finances, le 5 septembre dernier à Londres, un

compromis avait été trouvé sur un ensemble de règles mondiales visant à encadrer les bonus.
Mais la question de leur plafonnement avait donné lieu à d'âpres négociations et Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain, avait juste concédé qu'il était envisageable d'étudier la question. C'est ce qui est ressorti du communiqué final. Depuis, Nicolas Sarkozy a tenté personnellement de convaincre Barack Obama, profitant de la présence à Paris de Gordon Brown, un allié dans ce combat, pour téléphoner au président américain. A priori en vain dans la mesure où la position d'Obama n'a pas varié d'un iota.

Paris recule?

En fait, c'est la position française qui semble s'assouplir. Dans un entretien au Wall Street Journal, Christine Lagarde a réaffirmé le souhait de la France d'obtenir du G20 des règles concrètes et détaillées sur l'encadrement des bonus mais sans intransigeance dans la négociation. En d'autres termes, la France ne défendra pas coûte que coûte la question du plafonnement des bonus.

"Nous ne sommes pas bornés au point de demander un montant ", a indiqué au journal la ministre de l'Economie française qui prône juste un système "efficace" limitant et encadrant les rémunérations". Chistine Lagarde réaffirme qu'il ne faut pas considérer cette question comme "insignifiante" mais comme une manière de pousser les institutions financières à plus de prudence dans leur gestion des risques.

Ces remarques pourraient servir de base à la recherche d'un compromis dans la mesure où la plupart des pays reconnaissent le besoin de contrôle des bonus et la nécessités de les lier aux performances. Quitte à les supprimer quand les résultats sont mauvais. Cependant, les avis des différents pays divergent encore sur la manière d'atteindre cet objectif.

Au niveau Européen,

la présidence suédoise a organisé un sommet sur les bonus
qui se tiendra aujourd'hui. Nicolas Sarkozy sera présent à ce sommet informel selon l'Elysée.