Le FMI fait son bilan

Elsa Meyer

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"Un pompier efficace qui puisse se mobiliser immédiatement". Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international (FMI), a ainsi défini dans son rapport annuel le rôle de son institution depuis un an.

Il faut dire que le FMI n'a jamais été aussi présent sur la scène internationale. Ses autorisations de prêts, du 1er mai 2008 au 30 avril 2009, ont atteint des montants record: 67,6 milliards de Droits de tirages spéciaux (DTS) en faveur de 43 pays. 2,1 milliards de dollars ont par exemple été accordés à l'Islande à l'automne 2008 au moment où l'île craignait de faire faillite.

Un niveau historique qui n'a été possible que par l'augmentation massive des possibilités de financement du Fonds. En avril 2009, les chefs d’État du Groupe des Vingt (G20) ont décidé de tripler les ressources du FMI à 750 milliards de dollars, d'autoriser le FMI a émettre des Droits de Tirages spéciaux (DTS) pour 250 milliards de dollars et à vendre de l'or, le tout pour un total de 1.100 milliards de dollars.

Un rôle "essentiel"

Dans son bilan, comme lors de l'intervention de son directeur à la veille du G20 la semaine dernière, le FMI s'est montré très satisfait de son rôle dans "cette période d'instabilité financière sans précédent".

Il a réaffirmé ses priorités depuis un an: fournir à ses membres des conseils et un soutien financier à la mesure de leurs besoins; renforcer la surveillance et la coordination internationale; analyser les causes de la crise afin d’éviter que le système financier n’en subisse d’autres à l’avenir et poser les bases d’une nouvelle architecture financière internationale.

Et hors de question pour le FMI de mettre fin à ces actions à court terme. La reprise ne devrait pas intervenir avant 2010 et les pays doivent pour l'instant continuer leur plan de relance budgétaire, quitte à creuser un peu plus leur déficit.

Des critiques nombreuses

Si le FMI semble approuver son rôle depuis un an, les critiques ont pourtant été nombreuses, notamment sur les conditions d'octroi de prêts.

En mars 2009, le Fonds a donc simplifié et modernisé ses dispositifs financiers pour mieux les adapter aux besoins des différents pays membres. L'un de ses dispositifs, la ligne de crédit modulable (LCM) a été également développé pour apporter des financements importants et immédiats aux membres dont les données économiques fondamentales et les politiques sont très solides.

Durant son exercice 2009, le Conseil d’administration a approuvé le premier accord de crédit au titre de la nouvelle LCM au Mexique à hauteur de 31,5 milliards de DTS.

La crise devrait aussi entraîner une évolution relative des pouvoirs et du mode de représentation du FMI. La semaine dernière à Pittsburgh, les dirigeants du G20 ont ainsi chargé le FMI de surveiller les déséquilibres et de faire des recommandations de politique économique aux pays.

Les chefs d'Etat se sont aussi accordés pour donner plus de place aux pays émergents

dont le poids politique était jusqu'ici très minime dans le processus décisionnel.
"Au moins 5%" des quotes-parts du FMI" devraient ainsi leur être transférés.Ce transfert doit se faire avant 2011, mais le G20 n'a pas déterminé selon quelle méthode.

Des évolutions nécessaires

Cette évolution est pourtant nécessaire pour le FMI. "La réforme de la gouvernance sera une composante essentielle qui concourra à ce que les économies émergentes et les pays à faible revenu se reconnaissent davantage dans l’institution et encouragera la coordination des politiques économiques à l’échelle mondiale", a précisé le Fonds dans son rapport

A côté d'une meilleure coopération internationale, l'institution a également insisté sur la nécessité de prévenir une crise future en mettant l'accent sur trois autres domaines: une plus stricte réglementation, une surveillance accrue du secteur financier et des accords de financement mieux adaptés aux besoins évolutifs des pays membres.

Un programme qui s'annonce délicat à mettre en œuvre au vu des divergences entre les Etats au moment du G20 sur la manière de gérer la sortie de crise et la réforme du secteur financier mondial.