Ces investisseurs qui doutent de la reprise

Jocelyn Jovène avec agence

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La reprise est au coin de la rue. C'est en tout cas ce que croient les Bourses mondiales, qui ne cessent de gagner du terrain ces derniers mois. Un consensus que ne partagent toutefois pas certains investisseurs.

Paul Tudor Jones, patron du hedge fund Tudor Investment Corp gérant 15 milliards de dollars d'actifs investis dans les actions, les obligations, les matières premières et les devises, estime que la reprise n'est pas pour tout de suite et que le rebond actuel est un "bear market rally", un rebond dans une phase de baisse. Pour ce gérant, la faible croissance du revenu des ménages est un motif de prudence et risque d'empêcher une reprise durable de l'activité économique.

Un sentiment partagé par Kevin Harrington, responsable de Clarium Capital Management ou la société Horseman Capital Management. "Si il y a reprise, elle n'est pas durable", affirme ce professionnel.

Nombreux sont les signes qui fragilisent la théorie d'une fin rapide de récession, prônée pourtant par de grandes banques d'affaires, comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley. Pour les gérants les plus sceptiques, les économistes et le public regardent les mauvais indicateurs et concluent à une sortie de récession.

Or, le marché immobilier américain n'est pas totalement sorti de la crise dans laquelle il est entré en 2006. Le niveau très élevé du taux de chômage (16% si l'on prend en compte ceux qui abandonnent toute recherche d'emploi ou qui prennent un emploi précaire à défaut d'un emploi permanent), le fort pourcentage de ventes forcées de maisons ou le record de prêts immobiliers connaissant des retards de paiement, sont des signes de prudence.

Craignant une rechute des indices, certains de ces gérants achètent des dollars, prennent des positions de vente à découvert sur les actions ou privilégient l'achat d'or (physique et à travers des titres financiers). En juin, le blog Marketfolly rapportait que John Paulson, patron du plus gros hedge fund au monde, réputé pour avoir anticipé l'implosion des marchés financiers dès la fin de 2006, a investi 4,3 milliards de dollars dans le métal jaune. L'or est considéré comme une protection contre l'inflation et la récession de l'économie. Sur un an, son cours a bondi de 24% à 990,7 dollars l'once.

D'autres reviennent sur les obligations d'Etat, placé considéré comme sûr. Comme le rapporte le site de commentaires Breakingviews, le taux des emprunts d'Etat américain à 10 ans s'est resserré en un mois, de 3,9% à 3,4%. "Les acheteurs d'obligations pourraient penser que les autres marchés ont mal interprété les signaux économiques. Ce qui ressemble à une reprise pourrait en fait être la correction d'un mouvement de déstockage, qui sera suivie d'une autre récession", relève Edward Hadas.