MBA: "Attention aux ersatz"

Propos recueillis par Catherine Vincent

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E24 - Quelles compétences tirez-vous de votre formation en MBA?

Xavier Romatet - Incontestablement: une méthode de travail. Les MBA, comme les écoles de commerce, appuient leur formation sur des études de cas. C'est du concret qui correspond à des situations réelles dans l'entreprise.

Le fait de devoir résoudre ces cas en groupes composés de profils très différents représente bien la diversité de l'entreprise. Cela m'a permis de toucher ce monde et le fait de ne pas avoir d'expérience professionnelle antérieure m'a gêné dans certaines situations. Les autres avaient été confrontés à ce type de problématique dans leur vie professionnelle, pas moi.

Mais tout est relatif dans le sens où l'on travaille en groupe, ce qui est la réalité de l'entreprise. Le rôle d'un manager est de faire une synthèse des compétences de chacun et de décider. L'entreprise est une somme de parcours individuels qui doivent tracer une route collective. En cela, les MBA sont très formateurs.

Quel est le plus du MBA par rapport à une école de commerce?

L'expérience très hétéroclite des différents étudiants qui s'appuient sur leur expérience pour les cas pratiques et la font partager aux autres. Et naturellement, le réseau. Le fait d'avoir pris la présidence de l'Association des anciens d'HEC montre que mon réseau est important et que je souhaite capitaliser dessus.

Mais attention: avant de pouvoir bénéficier d'un réseau, il faut le construire. C'est un investissement avant de devenir un atout.

Facebook et Internet, c'est bien mais ça ne suffit pas. Un véritable réseau est constitué de personnes sur lesquelles on peut compter. Pour cela, il faut à un moment donné avoir partagé des choses avec elles.

Quelques conseils à ceux qui sont tentés par un MBA?

En faire un bon. Il existe une jungle des MBA avec bon nombre de cursus qui se revendiquent comme tel mais qui n'en sont pas. Parce que la crise est là, parce qu'aujourd'hui la conjoncture est difficile tout comme le marché de l'emploi, il est nécessaire de faire un bon MBA. Il faut faire attention eux ersatz de MBA.

Les meilleurs sont ceux qui sont le plus tournés vers l'international, ceux que l'on retrouve dans les classements du Financial Times et du Wall Street Journal.

Il faut aussi se poser une question primordiale: a-t-on réellement besoin de faire un MBA. D'abord parce que ça coûte cher, ensuite parce que c'est un investissement personnel. Il faut donc savoir si le bénéfice que l'on va en retirer est supérieur à l'investissement que l'on va effectuer.

Et comme les entreprises font aujourd'hui extrêmement attention et sont plutôt dans une phase de repli de la masse salariale, le risque pour les MBA est de ne pas arriver à caser leurs promotions.

Pour se prémunir, il faut bien regarder le taux d'emploi des promotions qui sortent du MBA que l'on choisit. D'autant qu'il n'est plus aussi évident aujourd'hui de faire un jump de salaire.

Par des temps difficiles comme aujourd'hui, il devient difficile de rentabiliser un MBA. D'autant que les entreprises choisissent des profils moins chers pour leurs postes de management comme des jeunes diplômés formés dans les grandes écoles. Pour autant, plus le business sera complexe, plus on aura besoin d'avoir des managers formés.