Sécu : "la grande supercherie"

Elsa Meyer

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Le gouvernement étudierait une possible hausse du forfait hospitalier pour faire face au déficit record de la Sécurité sociale. Pour quelles raisons refuser cette éventuelle réforme?

Depuis plusieurs années, nous assistons à une augmentation des dépenses à la charge des malades. La majoration de 25% du forfait hospitalier ou le déremboursement de certains médicaments sont loin d'être négligeables. Ce qui me préoccupe c'est que d'un côté le gouvernement nous explique qu'il refuse d'augmenter les prélèvements obligatoires et de l'autre, il renforce les charges qui pèsent sur les patients. Or, 40% des Français aujourd'hui diffèrent ou renoncent à un soin pour des raisons financières. Cette situation est profondément injuste et inefficace puisqu'elle n'a pas résolu la question du déficit.

Selon vous, faire passer le forfait hospitalier de 16 à 20 euros n'aura aucun impact financier sur les comptes de l'Assurance maladie?

Il s'agit d'une pure mesure de rentrée financière. Le gouvernement affirme que cette majoration n'est pas dramatique et qu'elle sera de toute manière prise en charge par les mutuelles. Encore faut-il en avoir une! Et une bonne, c'est-à-dire une chère, qui rembourse totalement ce type de dépenses. Nous assistons encore une fois à une ségrégation par l'argent et ce n'est sûrement pas en créant une nouvelle taxation que le gouvernement résoudra à terme le déficit global.

Quelles sont les propositions du Parti socialiste pour permettre à la Sécurité sociale de retrouver l'équilibre?

Il faut tout d'abord rappeler qu'une partie du déficit est conjoncturelle et que seule une politique volontariste en faveur de l'emploi permettra de la combler.

Pour la partie structurelle de la dette, il est nécessaire de s'attaquer aux niches sociales. Le gouvernement semble mettre de côté cette question qui prive pourtant la Sécurité sociale de milliards d'euros de recettes tous les ans. Il faut ensuite réfléchir à la base des cotisations, assises sur le travail, pour qu'elles touchent également le capital.

En dernier lieu, le Parti socialiste propose de modifier en profondeur le parcours de soins. Nous proposons d'accélérer la mise en place de la rémunération forfaitaire de certaines prises en charge (prévention, suivi des affections de longue durée, personnes âgées). La loi le permet mais le gouvernement n'avance pas.

Avec 30 milliards d'euros de déficits en 2010, pensez-vous vraiment que nous puissions éviter une hausse des prélèvements?

Je crois qu'il y a aujourd'hui une grande supercherie à dire que nous allons augmenter les prestations médicales remboursées sans augmenter les prélèvements. Cela ne veut pas dire que le Parti socialiste est pour une majoration de ces prélèvements mais que nous devons y réfléchir de manière globale. Compte tenu de la situation économique actuelle, j'aurais par exemple préféré que le gouvernement nous dise qu'il allait devoir augmenter de manière exceptionnelle la CSG, qui touche tout le monde, plutôt que d'accroître, en catimini, les charges qui pèsent sur les malades.