Sécurité sociale: faut-il payer plus?

Elsa Meyer

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20 milliards d'euros pour 2009. 30 milliards d'euros prévus pour l'année prochaine. Le déficit de la Sécurité sociale se creuse à grande vitesse. La crise économique y est pour beaucoup et engendre des difficultés passagères. Mais le problème est aussi structurel. La cause est connue: plus de dépenses que de recettes. La solution reste cependant encore à trouver.

Que faire?

Pour Gérard Cornilleau, directeur adjoint du département des Etudes de l'OFCE, centre de recherche en économie de Sciences Po, "il est illusoire de penser que nous pourrons échapper à une hausse des prélèvements obligatoires pour résoudre la question du déficit."

Selon lui, la dernière mesure avancée par le gouvernement, la hausse du forfait hospitalier, n'est pas la bonne solution. Et vu la levée de boucliers contre la mesure, il n'est pas le seul à le penser.

Marisol Touraine, Secrétaire national du PS chargée de la santé, a qualifié cette idée de "profondément choquantes" car il s'agira d'un impôt "qui pèsera exclusivement sur les épaules des malades" (

lire ici son entretien à E24
). Les syndicats et certaines associations, comme la FNATH (association d'accidentés du travail) ou le Ciss (collectif regroupant des associations d'usagers de la santé), ont aussi dénoncé les effets pervers de cette éventuelle réforme.

Vers une augmentation des prélèvements

"L'augmentation du forfait hospitalier, le déremboursement des médicaments, la hausse des franchises médicales: toutes ces mesures sont injustes et inefficaces, souligne Gérard Cornilleau. Elles font peser de plus en plus de charges sur les ménages et rien n'est fait pour réduire véritablement le coût de l'offre de soins. Et elles ne combleront pas plusieurs milliards d'euros de déficits".

La seule solution "juste et efficace"? Augmenter d'un point la CSG, qui touche quasiment tous les revenus, "pour combattre durablement la dette", défend l'économiste.

A cet égard, d'autres, comme le parti socialiste, avancent l'idée d'élargir l'assiette de la CSG à laquelle échappent encore certains revenus, comme les plus-values immobilières.

Car bon nombre d'économistes préconisent de s'attaquer aux niches sociales, pour combler le trou de la Sécu. Ce sont les revenus plus ou moins directement liés à l'activité qui ne subissent aucun prélèvements sociaux, tels l'intéressement, les stock-options ou encore les chèques emplois services universels. Selon un rapport du Sénat de juillet, ces niches représenteraient jusqu'à 9,4 milliards d'euros de perte par an.

Le tabac et l'alcool pourraient aussi être davantage taxés compte tenu de leurs méfaits sur la santé.

Un pansement sur une jambe de bois

Mais pour Gérard Cornilleau, même si ces mesures sont plus populaires qu'une augmentation de la CSG et "sûrement nécessaires", il ne s'agit que d'un pansement sur une jambe de bois.

"Notre structure de dépenses de santé n'est pas la même qu'il y a trente ans, il faut donc la modifier." En effet, les Français vivent plus vieux, sont plus nombreux, et ont donc des besoins médicaux plus importants. En trente ans, la population française a évolué, pas le système de financement de l'Assurance maladie. Où alors à la marge.

"La Sécurité sociale est un service, auquel tous les citoyens doivent contribuer de manière solidaire et selon les besoins de l'organisme". D'où le fait que l'économiste défende l'idée d'une augmentation de la CSG.

Le constat est donc clair pour Gérard Cornilleau: aujourd'hui, "aucune raison économique n'empêche la hausse des prélèvements obligatoires". Sur un strict plan économique, il est à contrario nécessaire de les augmenter.