MBA: mieux vaut attendre un peu

Catherine Vincent

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Un MBA (Master of Business Administration), c'est le sésame du management à haut niveau. Mais en ces temps de crise, joue-t-il toujours son rôle d'accélérateur de carrière? "Il est évident que ce type de diplôme n'échappe pas à la crise", reconnaît Amélie Lobry, consultante senior au sein de la division Juridique et Fiscal de Robert Walters. En sa qualité de recruteur, elle remarque que les offres d'emploi ses raréfient dans la mesure où "les cibles des titulaires d'un MBA sont souvent les cabinets de conseil ou les banques d'affaires". Or, ces secteurs sont aujourd'hui en difficulté et offrent des débouchés plus resserrés.

Deuxième bémol: le temps. Un MBA se prépare dans plusieurs conditions: en part-time ou en full-time. Dans le premier cas, les enseignements se déroulent le week-end et le soir puisque les candidats se trouvent être des cadres en poste. Les MBA en full-time s'adressent eux à des cadres qui ont mis leur carrière en stand by pour lui donner une nouvelle impulsion (créer une entreprise, accéder à une direction générale, entamer une carrière plus internationale…). Or en ces temps de crise, les grandes réorientations de carrière se font plus rares, commente Amélie Lobry. Il est donc plus difficile de mettre sa carrière entre parenthèses pendant 1 an à 18 mois, durée d'un executive MBA (MBA généraliste). D'autant qu'"un recruteur qui voit aujourd'hui deux titulaires de MBA prendra celui qui est en poste", argumente Amélie Lobry. En outre, ceux qui sont actuellement en MBA vont arriver sur le marché ravissant les quelques places disponibles.

Le fait de faire financer son MBA par une entreprise (sur son budget formation) dans laquelle il est prévu que l'on occupe un autre poste à la fin de la formation est une autre problématique. Pour autant, avec la conjoncture économique, les entreprises sont plus regardantes. Surtout si elles ne sont pas certaines de l'investissement du diplômé qui peut chercher un meilleur poste que celui qu'elles ont à offrir ailleurs à la fin de sa formation.

Ce qui nous amène au troisième élément: le coût. Les MBA de premier rang, ceux qui sont vraiment cotés et reconnus par les recruteurs, ont un coût considérable variant entre 10.000 et 40.000 euros, selon les dires d'Amélie Lobry. Mieux vaut donc avoir une assise financière solide.

Il est couramment admis qu'un MBA permet d'augmenter de 25 à 30% son salaire mais ces chiffres ne sont plus garantis en temps de crise, reconnaît la consultante de Robert Walters. En fait, on ne dispose pas d'assez de recul pour estimer la tendance.

Mais surtout, et c'est un conseil qui prévalait même avant la crise, il ne faut pas se lancer dans un MBA pour ajouter une ligne à son CV. Plus que toute autre formation, elle doit servir un projet professionnel. Le MBA n'est pas un but mais le moyen de parvenir à un but. Si l'on a un projet précis, bien entendu il est possible de se lancer. Même en temps de crise.