Pernod Ricard: au-delà de l'effet Absolut

Jocelyn Jovène

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Le rachat de Vin&Sprit et de sa vodka Absolu a eu un effet euphorisant sur les résultats annuels de Pernod Ricard. Mais cet effet va bientôt se dissiper et le groupe de vins et spiritueux devra alors compter sur la valeur intrinsèque de ses marques stratégiques et sur ses dépenses publi-promotionnelles pour faire la différence dans un marché des spiritueux qui devrait évoluer de manière étale au cours des prochains trimestres.

Pour Pernod Ricard, une moindre croissance du chiffre d'affaires et des investissements accrus pour soutenir les marques clefs du groupe -Malibu, Jameson, Mumm, Jacob's Creek, Chivas ou Havana Club- pourrait peser sur ses marges et sa génération de cash, hors contribution d'Absolut, qui tient ses promesses.

Une telle perspective va à l'encontre des attentes des investisseurs, qui attendent une poursuite de l'amélioration des marges au cours des prochains exercices. La marge d'exploitation est attendue à 26,3% cette année, 27,2% l'an prochain et 27,5% l'année suivante.

L'autre déception vient de la forte saisonnalité de l'activité du groupe. En prévenant que le premier semestre serait décevant, à cause d'une base de comparaison défavorable particulièrement forte pour le premier trimestre, la direction de Pernod Ricard envoie un message de prudence sur une période qui représente plus de la moitié des ventes et près des deux tiers du résultat d'exploitation.

Le groupe n'ayant pas relevé son objectif de synergies malgré un travail d'intégration de Vin&Sprit plus rapide que prévu, il lui manquait le petit plus pour se faire pardonner son message de prudence, dans une conjoncture qui reste malgré tout incertaine.

L'annonce d'objectifs financiers chiffrés lors de l'assemblée générale du groupe sera peut-être l'occasion de rappeler aux investisseurs que Pernod Ricard a souvent été capable de faire mieux que les attentes des analystes, comme aujourd'hui, qu'il a un savoir-faire en matière d'acquisitions et que son action souffre d'une décote de 10% par rapport au leader mondial du secteur, Diageo.