La Grèce a-t-elle toujours sa place dans la zone euro?

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La Grèce a-t-elle toujours sa place dans la zone euro? Compte tenu de l'état de ses finances publiques, la question n'est plus tout à fait saugrenue. Les émeutes qui secouent le pays depuis dimanche sont indirectement la conséquence d'une crise économique pernicieuse qui ronge ses services publics, sa compétitivité, sa crédibilité et donc son accès aux financements extérieurs.

La qualité de la dette publique s'érode. En cette fin 2008, le gouvernement grec doit proposer un taux d'intérêt de 4,64% pour convaincre les investisseurs d'acheter ses obligations. Rien à voir avec les bons élèves de la zone euro. L'Allemagne persuade les acheteurs avec seulement 3,06%. Cet écart, ce "spread" entre les taux, n'a jamais été aussi important. On a du mal à croire que les deux pays font partie de la même union monétaire.

Subterfuge

Comme il est très cher de se refinancer sur les marchés internationaux, il semble que le gouvernement grec ait trouvé un subterfuge: se servir dans les recettes de l'Assurance-maladie pour combler son déficit. Pendant ce temps là, le système de santé vacille. Les organismes d'assurance-maladie, privés de capitaux publics, n'honorent plus les remboursements obligatoires. En conséquence, tous les acteurs de la filière, des hôpitaux aux pharmacies, sont paralysés. Etranglés par une dette de 4 milliards d'euros, les hôpitaux vivotent. Les seringues manquent. Les interventions chirurgicales sont rationnées. Les fournisseurs ne livrent plus et saisissent certains matériels pour s'assurer. Les entreprises pharmaceutiques américaines menacent même de quitter le pays si elles ne sont pas payées.

Pour rembourser une dette publique qui représente au moins 90 % du PIB (plus de 110 % en 1996 alors que le traité de Maastricht impose un maximum de 60 %), on aurait effectué des prélèvements également à l'Éducation nationale et à l'Environnement. Beau joueur, le ministre de la Santé, Dimitri Avramopoulos, a reconnu des "problèmes de gestion".

Croissance

Il est vrai que la Grèce est une habituée des scandales financiers de haut vol. Il y a quelques années, elle avait reconnu avoir menti pendant longtemps à la Commission européenne sur le montant exact de son déficit . Les très coûteux jeux Olympiques de 2004 avaient également déstabilisé ses finances.

A part ces incartades qui en font un des membres les moins fiables de la zone euro, la Grèce a progressé depuis son adhésion. La croissance atteignait 3,6% en 2008 après 3,9% en 2007. La richesse individuelle reste inférieure à la moyenne de l'Union mais elle progresse relativement vite. Le chômage est plutôt en recul, avec un taux officiel équivalent à celui de la France. Mais le chômage des jeunes reste très élevé, une réalité qui, couplée à une décrépitude marquée du système universitaire, fait partie des raisons de la colère de ces derniers jours.