Le risque climatique: un nouveau produit financier

Thibaud Vadjoux

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Avant de partir en voyage à l'étranger, certaines agences de toursime proposent d'ores et déjà une assurance "beau temps" à leurs clients en leur promettant des remboursements sonnants et trébuchants. C'est là que les dérivés climatiques entrent en jeu.

Les agences de voyage ne sont pas seules à prendre en compte ce problème. De nombreuses professions comme les énergéticiens (producteurs et distributeurs d'électricité, de gaz…), les industriels de l'agroalimentaire, les sociétés de loisirs, les agriculteurs, les entreprises de transport… doivent faire face aux risques climatiques et à leurs conséquences. Ces risques qui s'avèrent croissants avec le dérèglement climatique peuvent être pris en charge par le marché. Bien qu'encore confidentiels en France, les dérivés climatiques permettent de gérer ce risque en offrant une solution alternative aux assurances. Aux Etats-Unis, le marché est en plein développement alors qu'un marché du CO2 est aussi en voie d'être créer comme en Europe.

Sur le principe, un dérivé climatique fonctionne comme un produit dérivé. C'est un contrat basé sur un sous-jacent, un actif financier (actions, obligation, cours de change, matière première…) qui donne droit à l'acheteur de ce contrat de déterminer à l'avance (marché à terme) le prix de livraison du sous-jacent quel que soit le prix réel constaté. A condition bien sûr qu'il trouve une partie contractante prête à faire le pari que le risque évolue en sens inverse. La valeur de ce droit évolue avec le prix du sous-jacent.

Dans ce type de produit, le sous-jacent n'est plus un actif, et c'est là toute l'originalité de ces produits. Le sous-jacent est un indicateur climatique (prévision de température, gel, risque d'ouragan…)

Concrètement, un dérivé climatique permet de se couvrir contre le risque d'une variation de température qui affecterait l'activité d'une entreprise. Par exemple, si un distributeur d'électricité doit faire face à un hiver doux, il court un risque de baisse de son chiffre d'affaires puisqu'il ne peut pas répercuter cette charge en augmentant le prix de l'électricité à ses clients, fixé contractuellement. Pour se couvrir contre ce risque, il peut utiliser un dérivé climatique. Dans ce type de contrat, le distributeur d'électricité couvre le risque d'une baisse de son chiffre d'affaires en réalisant un gain sur le marché à terme des dérivés climatiques.

Dans la vie réelle, une température plus élevée que ses prévisions impacterait à la baisse les recettes d'un fournisseur d'électricité. Mais sur les marchés financiers, il a anticipé la possibilité de cette température plus élevée en étant acheteur d'un contrat résumant son pari. Au final, si la température est réellement plus élevée que ses prévisions, son activité est pénalisée mais sa perte est compensée par une plus-value sur le marché. Si la température est plus faible que prévu, l'énergéticien perd de l'argent sur les marchés mais enregistre un gain exceptionnel en fournissant plus d'électricité.

Ce comportement reste pourtant encore largement théorique. D'abord, parce que les énergéticiens gèrent ce risque en jonglant entre les années à gain et celles à pertes, explique Helène Morin, responsable du département énergie climat à Agritel, spécialiste de la gestion du risque de marché des matières premières.

Ensuite, parce que le marché, très étroit, ne compte pas encore assez d'intervenants pour être efficace. "Les volumes échangés sont encore très faibles. Il y a donc une faible liquidité et l'efficience du marché s'en trouve limitée. S'il y a peu d'intervenants sur ce marché, pour l'instant essentiellement des énergéticiens, c'est en raison du manque de standardisation des produits.", affirme Hélène Morin. "Les opérateurs ont besoin d'une norme climatique universelle afin de créer des contrats standardisés facilitant les échanges. Or, il n'existe qu'un indice actuellement pour la France, mesuré à Paris."

Sur la Bourse de Chicago, le marché est en plein essor. Les premiers "futures", des produits dérivés standardisés et réglementés, ont été créés il y a 10 ans. Si les autorités américaines prennent tardivement des mesures contre le réchauffement climatique, les marchés financiers ont déjà commencé, eux, à le "pricer", comme disent les financiers. C'est-à-dire à intégrer et gérer ce risque par le marché.