Le rapport Tessier propose une alternative à Google books

E.M. avec AFP

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La commission Tessier a remis mardi son rapport au ministre de la Culture , Frédéric Mitterrand, à propos de la numérisation du patrimoine des bibliothèques.

Elle propose la mise en place d'une grande plate-forme de consultation commune, basée sur un partenariat public-privé, pour permettre aux internautes d'accéder au patrimoine écrit francophone. L'objectif: créer une alternative à Google books.

Nouvelle entité

Frédéric Mitterrand s'est déclaré "pleinement satisfait" de ce rapport, qui arrive "dans un contexte extrêmement favorable". Le ministre a en effet obtenu 750 millions d'euros pour la numérisation du patrimoine culturel de l'Etat dans le cadre du Grand emprunt national.

L'essentiel "est la mise en place d'une entité coopérative réunissant les bibliothèques publiques patrimoniales et les éditeurs, dans la logique de partenariat public-privé", écrit la mission.

La nouvelle entité "aurait la responsabilité de concevoir, mettre en place et exploiter une plate-forme commune où l'ensemble des ouvrages pourraient être accessibles aux recherches des internautes", précise-t-elle.

Gallica comme base

Le rapport préconise la mise en place de cette "grande entité de consultation du patrimoine francophone" par une "montée en puissance" de Gallica - la bibliothèque numérique de la BNF -, qui compte déjà quelque 140.000 ouvrages numérisés.

La plate-forme serait ainsi alimentée avec les livres numérisés par la BNF et les institutions publiques et ceux numérisés par les éditeurs. L'accès au financement public pour la numérisation étant subordonné à l'adhésion à la nouvelle entité commune.

Concurrencer Google

Créé en octobre 2009, après l'annonce de discussions très contestées entre la Bibliothèque nationale de France et Google pour la numérisation des fonds de la BNF, le groupe d'experts suggère également de proposer au géant américain "une autre forme de partenariat fondé sur l'échange équilibré des fichiers numérisés, sans clause d'exclusivité".

Les accords conclus jusqu'à présent par le moteur de recherche avec des bibliothèques sont "déséquilibrés", a résumé Marc Tessier : "Google se propose comme un acteur qui vient numériser des ouvrages pour son compte".

Le rapport propose au contraire des accords sur la base "un fichier pour un fichier". "Nous disons : nous sommes intéressés par les fichiers francophones que vous avez. Vous êtes intéressés par les nôtres, nous vous proposons un accord un fichier pour un fichier", a expliqué l'ancien président de France-Télévision.

Google a déjà numérisé 7 à 8 millions de livres dans le monde, notamment grâce à des partenariats avec de grandes bibliothèques anglo-saxonnes.

Dans un communiqué, Google France s'est réjoui mardi "de toute initiative privé-public visant à promouvoir le patrimoine français et à le rendre accessible au plus grand nombre".

Echelle européenne

Frédéric Mitterrand a indiqué qu'il se rendra prochainement au siège du groupe en Californie pour rencontrer les dirigeant du géant de l'internet.

La mission milite par ailleurs pour "relancer l'impulsion européenne" sur la numérisation du patrimoine.

Le ministre de la Culture a souligné qu'il avait demandé que le rapport soit traduit dans plusieurs langues de l'UE, afin notamment de pouvoir en discuter le mois prochain avec l'Espagne, "dont la sensibilité sera forcément déterminante dans le cadre de la présidence espagnole de l'Union".