Ces jeunes qui n'ont droit à rien

Elsa Meyer

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A Avignon mardi 29 septembre, Nicolas Sarkozy a annoncé l'extension du revenu social d'activité (RSA) aux moins de 25 ans. Mais les conditions sont très strictes: ne sont concernés que les jeunes salariés depuis au moins deux ans sur les trois dernières années. Soit 160.000 personnes.

Pour toute une catégorie de la jeunesse, aucun revenu minimum n'existe encore entre la fin des études et le premier emploi. Sauf pour la minorité qui a travaillé au moins quatre mois dans les 28 derniers mois, la majorité des moins de 25 ans qui finit ses études n'a le droit à aucune assurance chômage ou prestation sociale.

Sas de précarité

Un véritable "sas précarité", selon Karl Stoeckel, responsable des aides sociales au syndicat étudiant l'UNEF. "On exclut aujourd'hui des minima sociaux tous les jeunes qui quittent leurs études, avec ou sans diplôme, et sont à la recherche d'un premier emploi. Ils n'ont droit à aucun revenu alors que l'âge moyen du premier emploi stable, 28 ans en moyenne avant la crise, devrait augmenter".

Beaucoup de jeunes se retrouvent ainsi dans l'obligation d'enchaîner les petits boulots alimentaires. Certains "finissent même par accepter n'importe quoi, ce qui dévalorise leur formation", précise-t-il.

Pour la majorité des syndicats, l'annonce de l'extension du RSA aux seuls jeunes salariés est donc insuffisante. Thiébaud Weber, secrétaire confédéral de la CFDT en charge de la jeunesse, s'indigne "qu'un filet de sécurité n'existe pas pour tous les citoyens. Il n'est pas normal qu'une partie des jeunes soit exclue des systèmes de solidarité nationale".

Même si tous n'appellent par forcément à l'extension du RSA dans ce domaine, ils exigent l'application d'un dispositif qui permettrait de protéger financièrement les jeunes au moment de l'insertion dans le monde du travail.

Le scepticisme est de mise

Les syndicats restent très sceptiques sur l'annonce par Nicolas Sarkozy d'un "revenu contractualisé", proposé par le Livre vert de la Commission Hirsch sur la jeunesse. Le chef de l'Etat a indiqué qu'il allait expérimenter cette mesure auprès de 8.000 jeunes: l'accompagnement vers la formation et l'emploi sera renforcé en échange d'une garantie de ressources de 250 euros par mois.

Mais il est resté très flou sur ce dispositif et n'a pas précisé quelle catégorie de jeunes il allait concerner. "L'annonce est positive si elle va dans le sens d'une aide financière à la recherche d'un premier emploi mais nous attendons d'en savoir plus, tout cela est encore très vague", a indiqué Karl Stoeckel .

Tous les moins de 25 ans à la recherche d'un travail devront donc sûrement continuer leur petit boulot pendant encore un moment.