Industrie: le top départ des états généraux

Elsa Meyer avec AFP

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Le gouvernement lance ce jeudi les états généraux de l'industrie. L'objectif affiché est de faire du secteur "le moteur du redémarrage économique et de dessiner une nouvelle politique industrielle de la France", selon le ministère de l'Industrie. Une tâche qui s'annonce ardue: le secteur est en difficulté depuis de nombreuses années et la crise a largement aggravé la situation.

Difficultés conjoncturelles et structurelles

Suppressions de postes, plan sociaux, fermetures d'usines: depuis un an l'industrie fait la une de l'actualité.

Particulièrement touchée par le retournement de conjoncture, elle a perdu 100.500 postes sur le seul premier semestre 2009, hors intérim. La production industrielle accuse, elle, un recul de 11,8% sur la période juin-août par rapport à 2008.

La crise économique n'a cependant qu'accéléré un mouvement amorcé depuis plusieurs années. Entre 2000 et 2007, l'emploi industriel s'est contracté de 11,7% et de près de 40%, en 25 ans, selon Gilles Le Blanc, professeur d'économie à l'Ecole des Mines interrogé par l'AFP.

Manque d'entreprises de taille moyenne

Yvon Jacob, président du Groupe des fédérations industrielles ne cesse ainsi de marteler que les difficultés du secteur sont avant tout structurelles.

Il pointe du doigt les problèmes de trésorerie, les charges sociales et fiscales trop lourdes et le manque d'entreprises de taille moyenne, capables de se développer à l'international.

Un secteur n'est pas en déclin

L'ambition de ces états généraux est donc de relancer un secteur qui reste, malgré tout, essentiel à l'économie française. Même si sa part dans le produit intérieur brut en valeur est passée de 18,4% à 12,1% entre 1997 et 2007, la part en volume de la valeur ajoutée de l'Industrie se maintient toujours autour de 17%.

En 2008, elle a ainsi généré un chiffre d'affaires de 691 milliards d'euros et a exporté pour 332 milliards d'euros de produits industriels (hors industrie agro-alimentaire et énergie), soit environ 80% du total des exportations françaises. Et même si les effectifs diminuent, le secteur compte encore 3,412 millions de salariés fin juin 2009.

Pour Gilles Le Blanc, l'idée d'un déclin de l'industrie est d'ailleurs "une erreur d'interprétation (…) le périmètre industriel s'est profondément transformé au cours des 15 dernières années".

Compétitivité et innovation

Une idée qui sera sûrement partagée par les ministres, partenaires sociaux et fédérations industrielles présentes dès ce jeudi aux états généraux. Pour redynamiser le secteur, la compétitivité et l'innovation devraient être au centre de leurs discussions.

"Produire en France peut être aussi bien que produire en Chine, si on a une bonne productivité et une bonne flexibilité", rappelle en effet Christophe Gourlan, directeur général de la filiale française du groupe allemand de robinetterie Hansgrohe, qui possède une usine en Alsace.

Pour préserver des emplois dans l'Industrie, il est ensuite nécessaire de trouver de nouveaux secteurs à développer ou des marchés à conquérir.

"C'est sur la demande qu'il faut jouer, à la fois sur la capacité à vendre ce qu'on a déjà ailleurs, à ne pas négliger les marchés européens et français et à proposer de nouvelles choses, explique Gilles Le Blanc. Il y a des domaines, comme la santé, l'environnement, l'énergie et le numérique qui constituent des opportunités pour le champ industriel".

La crise de l'Industrie est donc loin d'être une fatalité, comme sont censés le démontrer les états généraux. A suivre.