Empêcher les jeunes de boire n'est pas la solution

Anne-Sophie Galliano

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Interdire les open-bar, pourquoi pas, interdire la vente d'alcool aux moins de 18 ans, pourquoi pas. Mais finalement pour les professionnels, toutes ces mesures en cours d'étude stigmatisent une profession, celles des cafés, brasseries, discothèques, mais n'empêcheront en aucun cas le binge drinking (boire le plus possible dans un temps record) que veut à tout prix combattre Roselyne Bachelot. La preuve: les discothèques font de moins en moins d'open-bar, les écoles de commerce n'ont plus recours à la pratique, et pourtant l'alcoolisme des jeunes augmente.

La solution, pour les professionnels, ne réside pas dans l'interdiction mais plutôt dans l'éducation des jeunes sur la dangerosité de l'alcool. "Une étude réalisée au Québec révélait que 80% des parents abordaient le problème de la drogue et du sexe avec leurs enfants, mais jamais des conséquences d'une consommation d'alcool excessive. C'est exactement la même chose en France", commente Bernard Quartier, président de la fédération national des cafetiers, brasseries et discothèques.

Et interdire purement et simplement la vente aux mineurs risque d'avoir l'effet inverse que celui souhaité pour le gouvernement, comme du temps de la prohibition dans les années 30 aux Etats-Unis. "Cette loi va tout simplement pousser à une consommation clandestine des jeunes. Ils vont soit voler, soit acheter de l'alcool très bas de gamme. Tous les professionnels ont averti Roselyne Bachelot sur le risque, mais elle n'a rien voulu entendre", s'insurge Bernard Quartier. "Les jeunes adolescents ne supportant rarement les interdictions n'auront donc de cesse de contourner les lois". Les études sur la consommation de stupéfiants par les jeunes étayent cette thèse.

Du coup, ils iront tout simplement boire ailleurs que dans les bars, lieux au moins surveillés par les patrons de bar, et ils iront acheter leur alcool dans les supermarchés ou le faire acheter par un majeur. "Ce n'est pas cher dans les supermarchés, et il y a des sous-marques très abordables, sans véritable contrôle aux caisses", déclare un cafetier. Pourquoi ne pas alors interdire la vente d'alcool chez tous les commerçants, et créer des magasins réservés à cet effet, et contrôlés par l'Etat? Un système à la canadienne en somme.