Le vrai poids de l'industrie automobile

Guillaume Guichard

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Le chiffre est impressionnant. Près de 10% de la population active occupée, c'est-à-dire ayant un emploi, dépend de l'automobile. Soit 2,465 millions de personnes. Cette statistique, issue d'un calcul du Comité des constructeurs français d'automobile (CCFA), a été mise en exergue lors des Etats généraux de l'automobile organisés par le gouvernement le 20 janvier dernier.

Mais que recouvre ce chiffre? "Il s'applique à l'automobilité", précise François Roudier, du CCFA. Un concept très large, pour ne pas dire fourre-tout. Le CCFA y regroupe les emplois liés à la construction automobile, à la vente de carburant, à la construction des routes et au transport de marchandises. Mais on y retrouve aussi la police et l'administration, les sports, la presse auto et les assurances. Il n'y a pas d'abus, se défend François Roudier: "concernant l'assurance, par exemple, nous ne prenons en compte que les personnes qui travaillent en relation avec l'automobile. Même chose pour la police, nous ne comptons que les effectifs alloués aux cartes grises et à la police de la route". François Fillon s'y est laissé prendre. Lors de son discours aux Etats généraux de l'automobile, il a ainsi déclaré que l'industrie automobile emploie "un Français sur dix".

La preuve en vidéo (Voir aux alentours d'1min40):


Etats Généraux de l'Automobile : François Fillon
envoyé par Luc-Chatel

Bref, ce chiffre recoupe une réalité beaucoup plus large que la stricte activité de l'industrie automobile française. Il permet seulement aux constructeurs, entre autres arguments, "de peser sur les pouvoirs publics et de faire du lobbying afin d'obtenir des aides" en brandissant la menace des emplois en danger, analyse Bernard Jullien, directeur du Gerpisa. Or, la plupart de ces 2,465 millions d'emplois ne dépend pas de la santé des constructeurs hexagonaux. Ils sont simplement liés au fait que nous utilisons notre voiture.

Les emplois dépendant directement de la santé de la filière sont beaucoup moins nombreux. Ils seraient plutôt au nombre d'un million, selon la Fédération des industries mécaniques (FIM). Qui détaille: les constructeurs emploient 180.000 personnes, les sous-traitants 320.000 et la distribution (concessionnaires, garages,…) 500.000. Mais, là encore, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Certains sous-traitants, comme les transformateurs de matière plastique, ne produisent pas seulement pour l'automobile.

Malgré tout, une chose est sûre: en ne retenant que le chiffre d'un million d'emplois concernés, la filière automobile talonne le secteur du bâtiment, un des plus gros employeurs de France, avec 1,279 millions d'actifs, selon la Fédération française du bâtiment. La filière automobile pèse aussi environ 1% du Produit intérieur brut et représente 15% des dépenses françaises de recherche et développement, selon le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Luc Chatel.

Cette filière automobile doit faire face aujourd'hui à une crise tant conjoncturelle que structurelle. La balance commerciale du secteur est devenue négative pour la première fois en 2008. La production a chuté de 30% entre 2002 et 2008. Un recul, comme le fait remarquer Bernard Jullien, "nettement plus rapide que celui du reste de l'industrie française".