Le commerce extérieur français mal en point

E24 avecAFP

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Le commerce extérieur français encaisse un nouveau mauvais coup. Déjà mal en point avant la crise internationale, le commerce extérieur de la France poursuit sa chute inexorable, au fur et à mesure que les économies de ses principaux partenaires entrent en récession. Le déficit s'est encore creusé en octobre, atteignant 7,066 milliards d'euros, un nouveau record mensuel après celui déjà enregistré le mois précédent à 5,691 milliards d'euros, ont annoncé mardi 9 décembre les Douanes.

Catastrophique

"Dans un contexte de ralentissement économique généralisé, les exportations se contractent fortement en liaison notamment avec les difficultés des constructeurs automobiles et des sidérurgistes. Les importations résistent mieux", explique le ministère du Budget. "Limité en septembre, le repli des exportations de biens intermédiaires (sidérurgie notamment) est très marqué en octobre. Cette baisse, centrée sur l'UE, explique plus du tiers du recul global des ventes", indique Bercy.

Sur les douze derniers mois, le déficit cumulé s'établit en effet en octobre à 56,201 milliards d'euros. Pour l'ensemble de 2008, le gouvernement prévoyait initialement un déficit de 49,8 milliards d'euros.

"Ce sont des chiffres tout simplement catastrophiques", tranche l'économiste Alexander Law (Xerfi) pour qui, à ce rythme, ce déficit "abyssal" va se traduire sur l'ensemble de 2008 par un trou de 60 milliards d'euros, contre 40 milliards l'an dernier. "L'explication de ce triste record est bien simple: en octobre, les exportations se sont effondrées de 4,5% (32,564 milliards d'euros), pour s'établir à leur plus faible niveau depuis novembre 2006, tandis que les importations ne reculaient que de 1% (39,630 milliards)", relève Alexander Law.

Baisse de l'euro

Pour Marc Touati, économiste chez Global Equities, la baisse globale des exportations est certes liée à "la baisse de l'euro qui réduit mécaniquement leur valeur", mais cette explication ne suffit pas puisque nos principaux partenaires européens utilisent eux aussi cette devise. "Sans surprise, ce sont les ventes vers l'UE qui plongent. C'est normal, car la majorité de nos voisins sont en récession et ne passent donc plus commande à nos entreprises", confirme Alexander Law.

Le déficit se creuse particulièrement dans la filière automobile, durement touchée par la crise internationale. Au total, sur les dix premiers mois de 2008, les échanges extérieurs du secteur automobile sont déficitaires de 2,45 milliards d'euros, alors qu'ils étaient excédentaires de près d'un milliard l'an dernier à la même époque, relève Alexander Law. "La raison? Une baisse de 5,1% des exportations depuis janvier" sur un an, dit-il.

Marc Touati voit cependant quelques raisons d'espérer un redressement à moyen terme. "Dans les six à neuf prochains mois, notre déficit extérieur devrait enfin se réduire significativement", car la dépréciation de l'euro n'a pas que des aspects négatifs: in fine, elle rendra la France plus compétitive et devrait lui permettre d'exporter davantage. La baisse des cours du brut devrait également avoir un effet positif sur les importations de produits pétroliers, estime-t-il.

Enfin, le ralentissement annoncé de l'économie française va réduire les besoins de la France et donc mécaniquement réduire nos importations, prévoit Marc Touati. Le commerce extérieur risque une fois de plus de peser négativement sur la croissance française au dernier trimestre 2008 et "dans ces conditions, le mieux que nous puissions espérer est une baisse du PIB limitée à 0,1%", explique Alexander Law.