Stiglitz veut faire maigrir les banques

Elsa Meyer

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"Les problèmes des banques sont pires que ce qu’ils étaient en 2007”. Les propos sont signés Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie en 2001, et sont loin d’être optimistes.

Dans un entretien publié lundi par l’agence Bloomberg, l’économiste explique que les établissements financiers sont revenus à des comportements d’avant crise. "Aux Etats-Unis, comme dans d’autres pays, les banques trop importantes pour que l’Etat les laisse tomber ("too big to fail") sont en train de continuer de grossir", affirme-t-il.

En volant au secours de nombreux établissements financiers à l'automne 2008, les gouvernements ont contribué à la création de nouveaux géants bancaires: aux Etats-Unis, Bank of America a par exemple racheté Merrill Lynch tandis que la banque britannique Lloyds TSB a repris sa concurrente HBOS. Sur le continent européen, BNP Paribas a quant à elle pris le contrôle du belge Fortis.

L'Etat pris en otage

Pour Michel Aglietta, Professeur de Sciences économiques à l'Université de Paris-X Nanterre et conseiller au Centre d'Études Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII), "la taille des banques est un gros facteur d’instabilité: plus elles sont importantes, plus elles sont complexes et connectées entre elles; et plus le risque systémique est fort".

Cette augmentation de la taille des établissements bancaires est d’autant plus problématique, selon lui, qu’elle "leur permet aujourd’hui d’obtenir une sorte d’assurance gratuite auprès de l’Etat, qui, vu leur poids dans l’économie, ne pourra pas les laisser faire faillite. Ces banques tiennent en otage la puissance publique sans qu’aucune contrepartie financière ne soit pour l’instant exigée".

Faire maigrir les banques

Pour Joseph Stiglitz, il est donc urgent d'obliger les banques à réduire leur taille. Comme Paul Volcker, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine, et Stanley Fisher, Gouverneur de la Banque d'Israël, il appelle à décourager les établissements financiers qui souhaitent grossir de manière excessive.

Très critique sur l’action du gouvernement américain, l'ancien Prix Nobel d'économie considère que rien de "significatif" n’a été fait dans ce domaine, allant même jusqu’à dire que "les Etats-Unis avaient échoué à réguler le système financier depuis la crise des crédits et la chute de Lehman Brothers".

Joseph Stiglitz attend donc du G20 des 24 et 25 septembre prochains qu'il "force l’administration Obama à prendre des mesures plus radicales".

Lors du sommet de Pittsburgh, un "plan de régulation macro-prudentielle" sera en effet sur la table pour dissuader les banques d'augmenter leur taille de manière excessive, rappelle Michel Aglietta. "Il devrait notamment obliger les établissements bancaires à mettre de côté un important capital de réserve, surtout quand les finances se portent bien, pour mieux affronter une éventuelle nouvelle crise".