Les marchés électrisés par le plan de sauvetage européen

Jocelyn Jovène

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Toujours plus loin toujours plus haut. Le CAC 40 s'est envolé de 11,17% ce lundi 13 octobre, un record historique pour une séance de Bourse. Un autre record est tombé: les pays de l'Union européenne vont apporter 1.700 milliards d'euros pour garantir les prêts interbancaires ou recapitaliser les institutions financières, avec l'espoir qu'elles se remettront à se prêter de l'argent entre elles et à en prêter aux autres acteurs de l'économie, entreprises et ménages en tête.

Aux Etats-Unis, le secrétaire d'Etat Henry Paulson a convoqué à la Maison blanche les grands banquiers du pays pour discuter des modalités de prises de participation directe de l'Etat américain au capital des banques. Les marchés américains retrouvent l'optimisme. L'indice Dow Jones Industrial Average gagne près de 6% à 8.957 points.

Alors que les investisseurs avaient boudé le plan Paulson, les marchés semblent, lundi, davantage rassurés par le plan d'action présenté dimanche soir par l'Eurogroupe et par les premières mesures concrètes de sauvetage engagées au Royaume-Uni, qui va prendre une participation dans deux institutions bancaires très chahutées ces derniers temps. Royal Bank of Scotland et l'entité issue de la fusion entre Lloyds TSB et HBOS Plc vont recevoir 37 milliards de livres sterling d'argent frais. L'action des pays membres de l'Union européenne diffère de ce qu'avait fait l'administration américaine. Cette dernière avait donné l'impression ne pas prendre totalement la mesure de la crise financière, illustrée par la mise en faillite de Lehman Brothers.

Le plan européen "est un bon plan parce qu'il s'attaque au cœur du problème: le gel du marché interbancaire", soulignent lundi les analystes d'Exane BNP Paribas dans une note. "Comme le plan Paulson n'a pas rassuré les marché, la décision des européens de résoudre leurs problèmes par eux-mêmes, sans les américains, pourrait être perçu comme une décision intelligente", notent pour leur part les stratégistes de Société Générale.

Changement de ton

L'ensemble des places boursières européennes ont fortement rebondi, avec des hausses à deux chiffres sauf au Royaume-Uni, où le Footsie 100 n'a gagné "que" 8,26%. L'annonce des grands principes d'action pour l'Europe a conduit la banque Goldman Sachs à relever sa recommandation sur le secteur bancaire européenne de sous-pondérer à neutre. Les analystes de la banque estime que pour atteindre un ratio de solvabilité de 10% - proche de celui des banques anglaises - les banques européennes auront besoin de 300 milliards d'euros d'argent frais.

Les mesures annoncées par l'Union européenne traitent le problème de sous-capitalisation des banques européennes et devraient leur permettre d'assurer leur refinancement à long terme, estime un analyste de JPMorgan cité par l'agence Dow Jones. "Le secteur public se substitue au secteur privé", ajoute-t-il.

Il faudra néanmoins attendre de voir comment chaque pays va mettre le plan en musique au niveau national. S'il prévoit de possibles injections d'argent frais pour renforcer les fonds propres des banques, il ne s'agit pas non plus d'effacer les ardoises et d'oublier les erreurs commises par leurs dirigeants. Erreurs qui sont déjà traduites par des pertes, des licenciements et une restriction du crédit qui placent plusieurs économies au bord de la récession.

Reste à savoir également si ce plan d'action redonne confiance aux banques elles-mêmes et si celles-ci vont enfin parvenir à se reprêter de l'argent et permettre au système bancaire de retrouver un fonctionnement "normal".