Tous éthiques?

Elsa Meyer

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La salle est pleine et l’ambiance détendue. Les blagues fusent à la tribune. Le thème du débat est pourtant très sérieux: "le capitalisme sera éthique ou ne sera pas".

Autour de la table, Christine Lagarde, ministre de l’Economie; Laurent Fabius, député socialiste et Premier ministre et ministre de l'économie; Michel Pébereau, Président du conseil d’administration de BNP Paribas; Pierre Bellon, fondateur et président de Sodexo; Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac, propriétaire de l'agence de notation Fitch. L'heure est au consensus: tous sont d’accord pour réguler davantage le système capitaliste. Comme le rappelle, amusé, Laurent Fabius, il est loin le temps où les chefs d’entreprises venaient dans son bureau de premier ministre réclamer une moindre intervention de l’Etat. La crise est passée par là et a balayé l’illusion d’un marché capable de s’autoréguler.

"On ne peut pas faire uniquement confiance au capitalisme. Il faut des règles qui l’obligent à être au service de l’économie, du développement des PME et de l’utilité sociale", a insisté Jean-Pierre Jouyet, Président de l’Autorité des marchés financiers. Déclaration saluée par une salve d’applaudissements.

Quelles règles éthiques?

Mais qu’elles peuvent être ces fameuses règles éthiques ? Christine Lagarde, en pleine préparation du G20 de la fin du mois, a défini trois orientations. S’assurer tout d’abord que les comportements personnels dans les entreprises soient mieux encadrés en évitant par exemple d’encourager les prises de risques démesurées, une référence implicite au comportement des banques et de certains de leurs employés.

Permettre ensuite une harmonisation des normes de gouvernance internationale, notamment dans le domaine de la comptabilité. Et faire enfin "toute la lumière sur l’ensemble des activités économiques globales." Tels les paradis fiscaux, les rémunérations ou bien encore "les opérations boursières qui sont plus de la moitié, à Paris, à se dérouler sur des marchés opaques non régulés", a expliqué Jean-Pierre Jouyet.

Limites

L'intervention collective ne peut cependant pas tout. Pierre Bellon a également insisté sur la nécessité de l'exemplarité des acteurs économiques et financiers. "Les chefs d’entreprises doivent arrêter de faire n’importe quoi et de vouloir maximiser leur profit. Nous devons être plus responsables."

Beaucoup de belles idées donc au programme de cette matinée. Christine Lagarde a promis d’aller les défendre dès demain à Berlin, lors des réunions préparatoires au G20. "D’ici la fin de la journée, on devrait avoir une position commune européenne qui nous permettra de convaincre ensuite les Etats-Unis." Dans son intervention finale, Laurent Fabius a toutefois rappelé qu'il serait "dommage que ces déclarations ne soient pas suivies d'actions concrètes". Ou que tout change, pour que rien ne change.