Défaillances d'entreprises: la France s'en sort mieux que le reste de l'UE

Elsa Meyer

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Un an après le début de la crise, les entreprises continuent de la subir de plein fouet. Les défaillances mondiales de sociétés devraient connaître une hausse record de 33% en 2009, contre 26% en 2008, selon la dernière étude du numéro 1 de l'assurance-crédit Euler Hermes SFAC.

La France, pourrait connaître une augmentation de 17% des défaillances, c'est-à-dire une incapacité pour les entrepreneurs de faire face à leurs obligations financières, vis-à-vis de leurs banques ou fournisseurs et de l'Etat.

La France moins touchée

Le niveau est historiquement haut mais reste cependant très en-dessous de la situation observée dans les autres pays européens.

La hausse moyenne des défaillances sur la zone euro est en effet de 46% avec un record de 111% en Espagne ou de 76% aux Pays-Bas. Au Royaume-Uni, elles devraient augmenter de 25% cette année.

Une structure de la dette favorable

Et si les sociétés françaises s'en sortent légèrement mieux que les autres, c'est avant tout en raison de la spécificité de leur mode de financement qui a joué, selon l'étude, un rôle d'amortisseur durant la crise.

Une entreprise peut en effet se financer de trois manières: des fonds propres, une dette financière, contractée auprès des organismes bancaires, ou une dette non financière. Cette dernière peut être soit sociale et fiscale envers l'Etat, soit commerciale, envers les fournisseurs.

Les sociétés françaises se distinguent par une part très importante de leur dette non financière: elle atteint 48% du bilan global en moyenne, contre une fourchette de 30% à 40% pour leurs compatriotes européennes. Le crédit fournisseur représente par exemple en moyenne entre 15 et 20% du bilan des entreprises en France, contre 8% en Allemagne.

Une limitation du crédit positive

Un constat qui s'explique avant tout, selon l'étude, par un plus difficile accès au crédit bancaire dans l'hexagone que dans le reste de l'UE. Par conséquent, les entreprises reportent leurs besoins de financement sur des solutions alternatives aux organismes financiers.

Handicap pour les entrepreneurs en période d'activité classique, cette limitation a paradoxalement joué en leur faveur depuis un an.

"La structure de la dette des sociétés françaises a permis d'amortir le choc. A partir du moment où la crise s'est caractérisée par une restriction des financements bancaires, les autres mécanismes sont devenus de véritables amortisseurs", analyse Karine Berger, directrice des Etudes Economiques d’Euler Hermes SFAC.

"Quand on compare la situation de la France à ce qui s'est passé dans d'autres pays, la hausse des défaillances aurait pu doubler, dans le scénario le plus pessimiste, si la structure de la dette des entreprises était la même qu'au Royaume-Uni par exemple", argumente-t-elle.

Un avantage très relatif cependant puisque 67.400 sociétés françaises devraient être défaillantes en 2009, selon les derniers chiffres d'Euler Hermes SFAC.