Le "contre-plan de relance" du PS

Thibaud Vadjoux avec AFP

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Le PS a dévoilé, mercredi 21 janvier, son "contre-plan de relance" face à la crise, en riposte à celui du gouvernement qu'il juge très insuffisant. "Actuellement, ce plan de relance ne représente que 1,3% du PIB et sur les 26 milliards, il n'y a que 4 à 5 milliards d'argent neuf. Or les grandes institutions internationales dont le FMI recommandent de porter les plans de relance dans le monde à 2-3% du PIB. Le PS entend démontrer qu'il est possible de suivre ces recommandations du FMI et pas seulement parce que son directeur est Dominique Strauss-Kahn, membre du PS, a expliqué Martine Aubry, Premier secrétaire du Parti Socialiste.

Le volume du contre-plan est de 50,5 milliards d'euros, 2,5% du PIB, soit quasiment le double de celui du gouvernement. Il se veut plus équilibré, soutenant à la fois la consommation et l'investissement public et privé à hauteur d'environ 25 milliards sur les deux plans. "C'est un plan qui marche sur ses deux jambes", a défendu Martine Aubry qui n'a pas donné de détails sur le financement de ces mesures et leur impact sur les finances publiques.

Le gros des propositions socialistes repose sur des mesures en faveur de la relance du pouvoir d'achat, absentes du plan gouvernemental, juge le PS. Originale et inédite en France: la remise immédiate d'un "chèque crise" de 500 euros à tous les bénéficiaires de minimas sociaux et de la prime pour l'emploi. Cette mesure concernerait 12,4 millions de personnes, soit un coût de 5 milliards d'euros. Le PS propose aussi une revalorisation du Smic, payée par les entreprises à leurs salariés, mais modérée (3% soit 30 euros). Martine Aubry a appelé à des négociations salariales dans les entreprises. "Si elles ne se mettent pas en place, l'Etat pourra annuler les exonérations de charges sociales qui bénéficient aujourd'hui aux entreprises sans contreparties", a t-elle ajouté.

L'opposition propose d'accompagner la hausse des salaires d'une baisse d'un point du taux de TVA qui passerait de de 19,6% à 18,6%, soit plus de 6 milliards d'euros de plus pour les ménages et les entreprises mais 6 milliards de moins de rentrées fiscales. Cette mesure s'inscrit, dans le plus long terme, à un rééquilibrage de la fiscalité indirecte vers la fiscalité directe. Elle permet aussi d'atténuer la hausse du SMIC pour les entreprises.

Une augmentation de 10% de l'allocation logement est aussi urgente, juge le PS. "Il s'agit d'un rattrapage sur l'inflation", a expliqué Martine Aubry qui propose aussi de "bloquer les loyers" dans les villes qui n'ont pas construit assez de logements sociaux. Face à la montée du chômage, le PS suggère d'améliorer l'indemnisation des chômeurs et leur formation (8 millions d'euros).

Le deuxième volet du plan concerne l'investissement public et privé. Nous voulons créer "un pacte de relance avec les collectivités locales qui représentent 73 % des investissements publics en France", a annoncé Martine Aubry. Une enveloppe de 4,8 milliards d'euros est proposée, elle crorrespond au paiement des charges que l'Etat a transferé aux collectivités locales. En contrepartie, "les collectivités doivent s'engager à accroître et accélérer leurs investissements dont les effets sont immédiats (voierie, maintenance, transport, économie d'énergie et secteur des énergies vertes). Pour aider les entreprises à investir, le PS entend bonifier le crédit impôt recherche de 50% (1 milliard d'euro) pour les entreprises choississant l'économie verte. Il veut aussi moduler l'impôt sur les sociétés des entreprises en fonction de leur comportement social et améliorer l'accès au crédit en augmentant les fonds garantis par Oséo, la banque publique d'investissement des PME.

Par ailleurs, le PS veut limiter les licenciements qui ne sont pas motivés par des difficultés économiques mais qui servent à augmenter la rentabilité financière de l'entreprise. Le PS prévoit de renchérir le coût des indemnités de licenciemments à deux années de salaires pour de tels plans sociaux. Pour les autres entreprises qui ont du mal à passer la crise, Martine Aubry propose d'augmenter le volume du chômage partiel de 800 heures à 1.600 heures maximum. Un moratoire sur le paiement des charges des entreprises à l'Urssaf pourra aussi être étudié afin d'alléger la trésorerie. En d'autres termes, les entreprises pourront étaler leur dette sociale.

Pour le financement de ces mesures, le PS prévoit la suppression de la loi TEPA (paquet fiscal) qui coûte 10 milliards d'euros cette année en temps de crise et 15 milliards en année normale. Mais aussi d'"activer des dépenses qui apportent des résultats". Car le PS dit se différencier du plan de relance du gouvernement en proposant "un plan plus massif, plus équilibré en faveur des salariés et des petits revenus" et qui répond à des besoins urgents... quitte à laisser filer les comptes publics.