Qui va superviser la finance internationale?

Propos recueillis par Delphine Halgand

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Le sommet du G20, réunissant les principaux pays développés et émergents, devrait apporter des solutions à la crise actuelle.

Quelles décisions pourraient être prises?

Des dizaines de mesures pourraient être prises, mais je pense que les décisions vont se recentrer sur deux axes majeurs. Le premier pourrait se porter sur les règles de prises de risques. Il s'agirait de renforcer les normes prudentielles, de limiter les risques proportionnellement aux capacités financières des institutions. Le deuxième axe pourrait être la transparence. Le premier problème de la crise financière réside, en effet, dans l'opacité des marchés. Un effort est nécessaire pour que les produits financiers échangés soient plus transparents. Il faut bien entendu que ce type de mesures soit appliqué par tous les pays pour qu'elles soient efficaces.

Qui pourrait encadrer ces mesures?

Le FMI est bien entendu largement pressenti pour jouer ce rôle. Je ne suis pas complètement sûr, cependant, qu'il soit le mieux placé. Il n'a en effet pas l'habitude de travailler avec les marchés. L'autre candidat serait la Banque de règlements internationaux qui a plus d'expérience dans ce domaine et serait ainsi plus à même de gérer les aspects préventifs d'une crise. L'aspect curatif correspond, lui, davantage à la capacité d'intervention du FMI, même si on peut souligner la petitesse de ses capacités financières, de l'ordre de 200 milliards de dollars. La question du partage des pouvoirs entre les deux institutions a toujours existé. Peut être aura-t-on un début de réponse ce week-end.

Les gouvernements ont-ils un réel pouvoir pour réformer le système financier?

Ils ont un certain pouvoir. Les états légifèrent, par exemple, sur les normes prudentielles. La question est de savoir s'ils peuvent aller plus loin. La nature des produits échangés sur les marchés financiers sera sans doute une ligne jaune difficile à franchir, pour les Etats-Unis, entre autre.

Quels sujets majeurs seront laissés de côté?

Ce sommet ne sera pas un nouveau Bretton Woods. Le problème de surliquidité, de déséquilibre de balance des paiements, largement du à la politique économique américaine ne sera sans doute pas abordé. Or, c'est cette surliquidité qui a permis la crise. Autorisée par des taux d'intérêt au plus bas depuis 20 ans, elle a incité à une prise de risque qui laissait espérer des rendements plus élevés ou des plus-values exceptionnelles. C'est ce système qui s'effondre aujourd'hui. Bretton Woods devait justement contrôler les déséquilibres de balance des paiements. On pourra faire n'importe quoi, si cette question macroéconomique n'est pas traitée, la crise se reproduira dans quelques années. L'équilibre de l'économie mondiale impose de nouvelles contraintes.

Jean-Marc Siroën est professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine. Il est directeur des masters "Economie internationale et développement" et "Diagnostic, conjoncture et prospective de l'économie mondiale".