L'or retrouve son rôle de valeur refuge face aux grandes monnaies mondiales

Julien Beauvieux

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L'or revient sur le devant de la scène financière. Le métal jaune a regagné près de 25% depuis les trois derniers mois, à 914 dollars l'once en fin de semaine. S'il est encore loin de ses sommets de mars 2008 où il avait dépassé les 1.000 dollars, les perspectives de court terme sont à la hausse, selon Goldman Sachs. La banque a ainsi revu sa prévision à 3 mois de 700 dollars à 1.000 dollars l'once. Selon la note, le prix de l'or a grimpé "à la suite de la faillite de Lehman Brothers et de la mise en place de plans de sauvetage", à l'image du plan de 700 milliards de l'ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson, voté début octobre 2008. Les "turbulences financières et les risques d'inflation", liés à l'explosion de la dette des Etats développés, conduisent en effet les investisseurs à rechercher des endroits sûrs pour entreposer leur richesse.

La hausse du prix de l'or est pourtant contradictoire avec l'appréciation récente du dollar, notamment vis-à-vis de l'euro. "Historiquement, nous avons observé une relation forte entre le prix de l'or libellé en dollars et le taux de change du billet vert vis-à-vis des autres devises", précise la note. En clair, une hausse du dollar, habituellement valeur refuge par excellence, conduit à une baisse du métal jaune. Le dollar a pourtant regagné plus de 8% par rapport à l'euro depuis le début de l'année et s'est stabilisé face au yen, quand le prix de l'or libellé en billet vert gagnait plus de 4%.

Pour les analystes de Goldman Sachs, ces évolutions traduisent une perte de confiance dans les monnaies des principales économies, le dollar ne faisant que tirer son épingle du jeu en tant que monnaie d'échange et de réserve mondiale. La banque évalue à 710 dollars la "juste valeur" de l'once. Alors pourquoi se négocie-t-il à 914 dollars. Tout simplement parce qu'il est considéré comme une valeur sûre par les investisseurs qui achètent de la sécurité. Cet écart devrait se résorber, après un pic haussier. D'ici trois mois il sera à 1.000 dollars puis descendra légèrement à 950 dollars l'once d'ici six mois pour atteindre 825 dollars dans un an. Des prévisions fragiles compte tenu de l'incertitude économique."Si les risques financiers (…) demeurent, l'or pourrait rester à des niveaux élevés", avertit la banque.

L'appréciation de l'or pourrait donc être plus durable que prévu, et certains intervenants financiers ont déjà anticipé cette évolution. Carmignac a ainsi exposé pas moins de 30% de son fonds d'actions "Commodities" aux valeurs aurifères en 2008. La société de gestion prévient dans son dernier rapport annuel que l'or devrait "constituer un poste prépondérant [de ce] portefeuille au premier semestre 2009", offrant ainsi "une protection efficace contre le risque financier et politique". LCF Edmond de Rothschild note de son côté qu'un "soupçon d'or" permettra de "contrer la volatilité des changes".

Osmium Capital Management est plus radical. Basée aux Bermudes, cette société de gestion alternative propose à ses investisseurs d'investir dans un fonds dont les parts sont libellées en… onces d'or. C'est une manière de parier sur la hausse de l'or tout en s'assurant la performance d'actifs économiques bien réels, à l'abri des variations monétaires. Selon la documentation disponible, l'investisseur pourra placer un montant donné en livre sterling, en euro ou en dollar, et verra ensuite son investissement dans le fonds "converti en une quantité de métal jaune". Le fonds étant couvert contre les fluctuations du prix de l'or, une participation de 100 onces d'or grimpera de 10%, à 110 onces d'or, si les actifs sous-jacents (actions, obligations) augmentent de 10%.

Intéressant en termes d'investissement, mais aussi en termes de théorie économique. Avec les fonctions de réserve de valeur et d'intermédiaire des échanges, la fonction d'étalon de valeur d'un bien (matériel ou immatériel) est en effet l'une des trois fonctions de la monnaie. Le système de l'étalon-or ne paraît plus si poussiéreux…

Selon les dernières statistiques de la Banque de France, les réserves officielles de change de l'Etat en or ont en tout cas augmenté de 15% à la fin du mois de janvier 2009, à 57,3 milliards d'euros.