Les Etats-Unis et la Chine font le plein de pétrole

Thibaud Vadjoux

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Le prix du pétrole restera t-il à ses plus bas de la fin d'année 2008? Encore à moins de 50 dollars en ce début d'année, le prix du baril offre l'occasion pour les automobilistes de remplir leurs réservoirs mais aussi pour les pays de constituer des réserves. Les Etats-Unis ont décidé de profiter de ces prix bas (les cours avaient atteint 147 dollars le 11 juillet 2008) pour porter au maximum leurs réserves stratégiques. Le département américain de l'énergie a annoncé, vendredi 2 janvier, qu'il comptait acheter 12 millions de barils sur les quatre premiers mois de l'année 2009. Cela va porter ses réserves à 727 millions de barils soit 70 jours d'importations nettes de pétrole, utile en cas de crise grave de rupture d'approvisionnement. En 2005, les réserves avaient été mises à contribution après les dégâts causés par les cyclones Katrina et Rita.

De son côté, la Chine poursuit le même objectif. Depuis 2005, le pays a commencé à remplir les réservoirs. Elle s'est fixé un objectif d'environ 75 millions de barils, soit 12 millions de tonnes, de pétrole de réserves avant 2010. Le remplissage des réserves se poursuit, 2/3 de l'objectif a été atteint selon Frédéric Lasserre, expert des marchés des matières premières à la Société Générale. Et des réserves pour le cuivre vont aussi être constituées.

Ce qui est une opportunité pour les acheteurs constitue un handicap pour les vendeurs. Les pays producteurs de pétrole entendent en effet tout faire pour enrayer la chute des prix de l'or noir. En décembre, l'Organisation des pays producteurs de pétrole (40% de la production mondiale), avait décidé de réduire la production du cartel de 2,2 millions de barils par jour. Le représentant de l'Iran au sein de l'Opep, Mohammad Ali Khatibi, a affirmé, lundi 5 janvier, que le cartel organiserait une réunion extraordinaire en février à Koweït pour examiner de nouveau la situation. L'Iran est le second producteur de l'Opep et a soutenu une baisse importante de la production lors de la dernière réunion.

Les Etats-Unis et la Chine ont raison d'en profiter puisqu'après avoir baissé à outrance, le prix du pétrole est en train de remonter. Une des raisons? Les tensions au Proche-Orient et en Ukraine. Lundi 5 janvier, le baril de "light sweet crude" pour livraison en février était à 46,99 dollars, en augmentation de 65 cent et celui de la mer du Nord gagnait 1,09 dollar à 48,00 dollars. "Le pétrole a continué à progresser en raison des craintes sur les approvisionnements liées au conflit au Proche-Orient", commente James Hughes, analyste de la maison de paris CMC Markets. L'offensive israélienne a fait plus de 510 morts palestiniens en neuf jours dans la bande de Gaza, où les chars israéliens ont pris dimanche le contrôle de plusieurs axes stratégiques, se heurtant par endroits à des combattants du mouvement islamiste Hamas. En fait, le marché pétrolier craint notamment pour les approvisionnements d'or noir en provenance d'Iran.

En Europe de l'Est, les prix du pétrole sont aussi indirectement soutenus par le conflit gazier opposant l'Ukraine et la Russie. Moscou a accusé, vendredi 2 janvier, l'Ukraine de prélever du gaz russe transitant vers l'Europe, une allégation démentie par Kiev. Le marché redoute que les approvisionnements en gaz vers l'UE soient perturbés comme en 2006 et que ce risque s'étende au pétrole.