John Thain contrattaque

Julien Beauvieux

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Débarqué en janvier dernier du poste de responsable des activités de banque d'investissement de Bank of America (BoA), l'ex-patron de Merrill Lynch, John Thain, refuse d'être un bouc-émissaire. Dans une série d'entretiens accordés au Wall Street Journal, le dirigeant estime que BoA a été impliquée dans le versement de bonus à ses dirigeants, et qu'elle était au courant des pertes colossales enregistrées par Merrill Lynch au cours du quatrième trimestre 2008.

"Etre viré est une chose. Mais personne n'a le droit de dire des choses qu'il sait pertinemment fausses", a déclaré John Thain au quotidien, estimant que Bank of America et son directeur général Kenneth Lewis mentent sur plusieurs points. "Suggérer que Bank of America n'était pas largement impliquée dans le processus (de paiement des bonus, ndlr), et que j'ai pris seul cette décision, est simplement faux", affirme-t-il.

L'annonce du versement de 3,6 milliards de dollars de bonus au bénéfice de plusieurs cadres de Merrill Lynch avait fait scandale au début de l'année. En grande difficulté, la banque avait en outre avancé la date de règlement de ces bonus pour qu'ils soient distribués avant l'officialisation de la fusion entre les deux établissements, effective le 1er janvier 2009.

De son côté, Bank of America, qui n'a pas souhaité commenter les propos de John Thain, a maintenu sa version, selon laquelle la responsabilité de ces primes revenait à Merill Lynch. Et ce malgré la révélation d'un document confidentiel annexé à l'accord, et explicitant les modalités de versement et la composition des primes. L'accord confidentiel "permet le paiement de bonus, mais ne le requiert pas", défend un porte-parole de BoA interrogé par le quotidien.

Deuxième pomme de discorde, le manque de transparence entourant la communication des pertes trimestrielles de 15 milliards de dollars de Merrill Lynch. Selon John Thain, ces pertes auraient directement contribué à son éviction, mais BoA était au courant dès le début décembre de la dégradation des comptes de la banque. "Ce qui m'importait, c'était de faire tout pour les actionnaires, salariés et clients de Merrill Lynch", a-t-il expliqué, en assurant avoir été "totalement transparent".

Ces déclarations interviennent alors que l'enquête sur les conditions entourant la fusion, menée par le procureur de l'Etat de New-York Andrew Cuomo, a livré ses premières conclusions jeudi 23 avril. Selon l'homme de loi, qui cite des compte-rendus d'entretiens, les autorités américaines auraient pu avoir fait pression sur le management de Bank of America pour qu'il cache l'étendue des pertes aux actionnaires, afin d'assurer le succès de l'opération.

Détail troublant, dès l'annonce du rapprochement entre les deux banques, à la mi-septembre, des équipes de Bank of America avaient investis le siège de Merrill Lynch. Elles avaient notamment participé aux choix comptables ayant présidé à l'établissement des comptes trimestriels de Merrill Lynch. L'assemblée générale de Bank of America, qui se tient mercredi 29 avril, promet d'être houleuse.