Non-lieu général requis dans l'affaire Vivendi Universal

E24 avec AFP

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Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans le dossier des malversations présumées au sein de Vivendi Universal, dans lequel est mis en examen Jean-Marie Messier, démissionné du groupe de communication et de médias en juillet 2002 en plein scandale.

Le parquet considère que les charges à l'encontre des sept mis en examen ne sont pas suffisamment caractérisées pour justifier leur renvoi devant le tribunal correctionnel, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier. L'abandon des charges par le ministère public a été révélé en fin de journée sur le site internet du Figaro.

"Après six ans d'instruction et de vérifications très fouillées, le parquet estime qu'il n'y a aucune infraction", a commenté Me Olivier Metzner, avocat de Jean-Marie Messier. "Six ans de calomnie pour un résultat d'innocence", a-t-il affirmé à l'AFP. Il revient maintenant au juge d'instruction Jean-Marie d'Huy de trancher et de décider s'il renvoie ou non les mis en cause devant le tribunal correctionnel. S'il se prononce pour le non-lieu, les mis en examen seront blanchis.

Outre Jean-Marie Messier, six autres dirigeants de Vivendi Universal (VU) ont été mis en examen par les juges Henri Pons -qui a récemment changé d'affectation- et Jean-Marie d'Huy: l'ex-directeur financier et bras droit de M. Messier, Guillaume Hannezo, le trésorier Hubert Dupont-Lhotelain, ainsi que l'homme d'affaires canadien Edgar Bronfman Jr.

L'affaire remonte à 2002. Vivendi Universal, numéro deux mondial de la communication et des médias, est alors un groupe assommé de dettes et confronté à une crise de liquidités et de défiance des marchés financiers. A sa tête, Jean-Marie Messier, qui se surnommait lui-même "J2M" et avait été affublé de celui de "maître du monde", avait été contraint de démissionner en juillet.

A la suite d'une plainte déposée par l'Association des petits porteurs d'actifs (Appac) qui s'estimaient lésés par sa gestion, le parquet avait ouvert une information judiciaire en octobre 2002 conduisant notamment à la mise en examen de Jean-Marie Messier en juin 2004 pour "manipulation de cours, diffusion de fausses informations et abus de bien social". Sa mise en examen était assortie d'une caution de 1.350.000 euros, l'une des plus importantes jamais décidée en France.

Au cours de leur enquête, les magistrats ont soupçonné Jean-Marie Messier d'avoir fait racheter massivement les propres actions de VU dans la foulée des attentats du 11-Septembre, à une période proscrite par la réglementation. Mais, pour les avocats des mis en examen, ces opérations, susceptibles de relever de la manipulation de cours, ne sont intervenues qu'à la faveur d'un contexte boursier perturbé, lié aux attentats, qui avait conduit les autorités boursières à assouplir leurs règles.

La qualification de "diffusion de fausses informations" reprochée à M. Messier concerne la présentation présumée inexacte de la situation de la trésorerie de filiales de Vivendi Universal, Cegetel et Maroc Telecom. L'abus de biens sociaux présumé vise quant à lui le parachute doré de 20,5 millions d'euros dont avait bénéficié Jean-Marie Messier à son départ du groupe. Au terme d'un bras de fer avec son successeur Jean-René Fourtou, "J2M" avait finalement renoncé en décembre 2003 à ses indemnités, un "sacrifice très lourd", avait-il alors confié.

Dans cette même affaire, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a condamné l'ancien Pdg et Vivendi à un million d'euros d'amende. L'amende de Jean-Marie Messier a été ramenée à 500.000 euros en appel, celle de Vivendi à 300.000 euros.