Football européen: le match fiscal

Marion Lippmann

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L'Espagne demeure la grande gagnante du match de la fiscalité que se livrent les pays européens aux clubs les plus prestigieux. Selon une étude publiée en juillet dernier par l'entreprise Ernst & Young Abogados, l'Espagne est la championne des cadeaux fiscaux pour les joueurs de football et donc pour les clubs.

Loi "Bekham"

La loi dite "Bekham" y est pour beaucoup. Elle accorde aux footballeurs étrangers une dérogation fiscale conséquente, puisque leur taux d'imposition est ramené de 43% à 24% pendant leurs cinq premières années sur le territoire. Fin juin, une partie de la gauche espagnole a demandé l'annulation de cet avantage, qui leur paraissait excessive en période de crise économique. Le président du gouvernement socialiste Zapatero a finalement refusé de revenir dessus. Christiano Ronaldo, qui empoche 13 millions d'euros par an au Real Madrid, ne peut que s'en réjouir!

De 40% à 50%

Le football anglais, qui domine tous ses concurrents européens depuis le début des années 90, craint de voir sa suprématie ébranlée avec la mise en place d'une nouvelle taxe en 2010.

En effet, le taux d'imposition va être augmenté de 40% à 50 % pour les revenus annuels supérieurs à 166.000 euros. Cela devrait affecter sévèrement les revenus des joueurs d'Arsenal et de Manchester United, qui sont les mieux payés au monde, avec un salaire mensuel moyen de 150.000 euros.

La nouvelle loi fiscale va plus loin. Elle empêchera également les footballeurs de réduire artificiellement la fiscalité sur le bénéfice du logement fourni par leur employeur. Les clubs les plus fortunés prennent en effet souvent en charge les logements de leurs vedettes.

Droits à l'image

Mais la fiscalité anglaise conserve plusieurs avantages. Les clubs ont la possibilité de payer net d'impôt 25% du salaire global annuel du joueur, lequel reçoit ces 25 % via des droits à l'image. Le niveau des charges sociales en Angleterre est particulièrement bas: il s'élève à 14%, contre 50% en France.

De quoi assurer de beaux jours au foot anglais. Selon la dernière étude du cabinet Deloitte, basée sur les chiffres de la saison 2007-2008, il explose d'ailleurs les records de chiffre d’affaires avec 2,3 milliards d'euros, bien supérieurs à ceux de la ligue allemande (1,4 milliard), espagnole (1,32 milliard), italienne (1,16 milliard) et française (970 millions).

Coût des rémunérations

Face aux avantages fiscaux espagnols et anglais, la France a du mal à rester attractive. En réaction au départ massif des meilleurs footballeurs français vers les clubs étrangers, Eric Besson, alors secrétaire d'Etat à la Prospective, a remis fin 2008 son rapport sur la compétitivité du football professionnel français. Ce document révèle que "La France possède un système de prélèvements sociaux et fiscaux plus lourd que ceux de l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie".

Pour affirmer cela, le rapport compare le coût global des rémunérations pour les clubs. En France, il est supérieur de 21% à celui de l'Espagne, de 18% à celui de l'Italie, et de 16% à ceux de l'Angleterre et de l'Allemagne.

Le rapport soutient que ces écarts "ont un impact direct sur l'offre salariale d'un club et sur la qualité des joueurs recrutés, puisque plus les coûts sont élevés, moins l'on est en mesure d'offrir des rémunérations compétitives."

Et le bouclier fiscal?

Pourtant, dans son rapport public annuel 2009, la Cour des comptes conteste ces chiffres et n'adhère pas à certaines analyses du rapport Besson: "ces données ne prennent pas en compte l'effet de l'instauration du bouclier fiscal, ce qui aboutirait à réduire l'écart entre la France et les autres pays européens".

La Cour cite une autre étude de l'Union financière de France datée de 2007 qui montre que pour un même salaire brut mensuel de 100.000 euros, le revenu net est du même ordre en France (55,7% du revenu brut), en Espagne (55,6%) et en Allemagne (55,5%). Il est même légèrement inférieur à celui du Royaume-Uni (59,7%) et nettement supérieur à celui de l'Italie (48,8%).