Bank of America: Lewis n'est plus président

J.J. avec AFP

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Kenneth Lewis a perdu le P de son titre de "PDG". Les actionnaires de Bank of America, la première banque américaine par la taille de son bilan, ont proposé et voté la séparation des fonctions de Président et directeur général. Lewis reste donc directeur général, mais cette décision, voté à une courte majorité, est une première dans l'histoire des affaires américaine.

Lors d'une houleuse assemblée générale de quatre heures, les actionnaires, plus nombreux que jamais, se sont succédés au micro d'un théâtre de Charlotte (Caroline du Nord, sud-est des Etats-Unis), certains pour interpeller sèchement M. Lewis, mais plusieurs aussi pour le soutenir. Le résultat de leur vote n'a été connu que quatre heures après la fin de l'assemblée générale: à 50,34%, les actionnaires ont décidé de retirer à M. Lewis la moitié de ses responsabilités. Il a été confirmé au poste d'administrateur et le conseil a décidé "à l'unanimité" de le garder comme directeur général.

C'est une véritable humiliation pour le dirigeant, âgé de 62 ans, qui voulait "fêter" mercredi ses 40 ans passés au service de Bank of America. D'après Sydney Finkelstein, professeur à l'école de gestion de l'université Dartmouth, "il arrive rarement, sinon jamais, que les actionnaires retirent un titre à un directeur général". Pendant plusieurs semaines, Kenneth Lewis avait fait campagne contre la séparation des fonctions de président et de directeur général. Il présentait en contre-exemple Citigroup, la banque généraliste à laquelle à son corps défendant Bank of America ressemble de plus en plus, après avoir reçu comme elle 45 milliards de dollars de fonds publics.

Le patron de Citigroup Vikram Pandit est simple directeur général, comme désormais Ken Lewis, et son conseil d'administration n'a pa pu endiguer les pertes. Citigroup a perdu 18,7 milliards en 2008, alors que Bank of America était resté bénéficiaire. Pour l'analyste Gregori Volokhine, chez Meeschaert New York, la scission rendra "très fragile" la position de Lewis.

Pour Douglas McIntyre, du site 247WallSt.com, soulignait aussi que vu la composition du conseil d'administration, "il est peu probable que celui-ci fasse des difficultés à M. Lewis". Le nouveau président du conseil d'administrateur est universitaire de 71 ans, Walter Massey, également administrateur de McDonald's, qui avait été nommé à la tête de la Fondation nationale des sciences par l'ancien président George Bush (père).

Plusieurs actionnaires, y compris d'influents syndicats et fonds d'investissement qui mènent une plainte en nom collectif contre lui, voulaient sanctionner M. Lewis pour la manière dont il a mené à bien l'intégration au 1er janvier de Merrill Lynch. Cette opération a fait de la banque provinciale le numéro un américain de la finance par les actifs, mais a aussi entraîné une chute de la valeur boursière de l'établissement (presque -80% en un an).

Les griefs des mécontents: que la banque ait autorisé le versement de 3,6 milliards de dollars de primes aux cadres dirigeants de Merrill Lynch avant la fusion. Et surtout que les actionnaires aient été maintenus dans l'ignorance des pertes de Merrill Lynch, lorsqu'il leur a fallu se prononcer le 5 décembre sur le rachat de la banque d'affaires. Un mois plus tard, ils découvraient l'énormité des pertes de la la nouvelle filiale: 15,5 milliards de dollars sur le seul quatrième trimestre.

La justice new-yorkaise a révélé la semaine dernière que M. Lewis avait bien voulu renoncer à son acquisition, mais qu'il y avait été contraint d'y procéder par les autorités fédérales, sous la menace de perdre son poste. "Je trouve ça incroyable", s'est emportée une actionnaire, appelant M. Lewis à démissionner parce qu'il aurait pensé: "Mon poste est plus important". "Nous n'avons pas décidé (de finaliser l'acquisition) sur la base de cette menace", lui a répondu M. Lewis.