AIG négocie un nouveau réaménagement de ses dettes

Julien Beauvieux

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Le sauvetage d'AIG n'en finit plus. Déjà renfloué à hauteur de 150 milliards de dollars, l'assureur serait en discussion avec les autorités américaines pour restructurer les termes de cette aide, selon le Wall Street Journal. Alors que le groupe doit enregistrer des pertes historiques au quatrième trimestre, l'objectif est de réduire la charge financière et de garantir les notations de crédit d'AIG.

Principal point des négociations, les fonds prêtés à AIG seraient remboursés par un rééchelonnement de dette et des transferts d'entités opérationnelles, écrit le quotidien. Octroyé en novembre dernier, le prêt de 60 milliards de dollars de la Fed porte intérêts à hauteur du LIBOR plus 3% et doit être remboursé d'ici 24 mois. AIG doit en outre payer 10% de dividendes sur les 40 milliards offerts dans le cadre du plan Paulson, l'ensemble des fonds devant être remboursés grâce à des cessions d'actifs.

Problème, l'état des marchés financiers complique le processus. Le groupe a ainsi finalisé plusieurs ventes (parmi lesquelles Hartford Steam Boilier ou ses activités de trading sur les matières premières. Il est aussi en train de démembrer ses activités asiatiques d'assurance vie. Mais les conditions actuelles rendent difficiles d'importantes cessions d'actifs. L'une des options actuellement discutées serait donc de réduire la dette du groupe en échange de prises de participations étatiques, notamment dans certains actifs d'assurance vie asiatiques, rémunérateurs et de grande qualité.

Ce montage permettrait en outre de contourner l'impossibilité pour le gouvernement de monter davantage au capital de l'assureur. Le gouvernement détient déjà 79,9% du capital d'AIG, cette participation ne devant pas substantiellement changer selon une source proche d'AIG citée par le Wall Street Journal.

Les difficultés financières du groupe attirent les prédateurs. Selon l'agence Bloomberg, l'américain MetLife et le français AXA auraient déposé une offre pour reprendre la filiale d'AIG American Life Insurance Co (Alico). MetLife aurait proposé 8 milliards de dollars par cette activité. AXA, Metlife et AIG n'ont pas souhaité commenter l'information.

L'un des objectifs des négociations est surtout de préserver les notes de crédit d'AIG. En septembre dernier, les dégradations de la note de la dette long terme d'AIG par S&P, Moody's et Fitch avait mis l'assureur en grande difficulté. Selon une note envoyée à la SEC, AIG prévoyait à la suite de ses révisions à la baisse qu'il lui faudrait trouver à court-terme 20 milliards de dollars supplémentaires "afin de financer des demandes additionnelles de collatéral et des paiements liés à des fins de contrats". Une nouvelle dégradation pourrait donc être dévastatrice.

Selon la chaîne de télévision CNBC, le conseil d'administration d'AIG devrait se réunir dimanche 1er mars, la veille de la présentation des résultats 2008, pour entériner l'accord avec le gouvernement. En cas d'échec, les avocats d'AIG, du cabinet Weil, Gotshal & Manges, se préparent à la possibilité d'un dépôt de bilan, a affirmé la chaîne américaine. Une impasse n'est donc pas permise, d'autant que le groupe s'apprête à enregistrer de lourdes pertes.

AIG devrait enregistrer un déficit de 60 milliards de dollars au quatrième trimestre 2008, selon la chaîne CNBC. En cause, la dégradation de la conjoncture, qui pèse de plus en plus sur les comptes du groupe. AIG va en effet devoir passer plusieurs milliards de dollars de dépréciations concernant des produits obligataires structurés, notamment dans l'immobilier commercial.