Le sauvetage d'AIG passe mal au Sénat

E24 avec agences

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Des sénateurs américains se sont montrés furieux jeudi 5 mars que la Réserve fédérale américaine (Fed) ne révèle pas qui étaient les investisseurs partenaires du groupe d'assurance AIG qui bénéficient de l'hémorragie d'argent public versé pour le sauver de la faillite.

Le sauvetage d'AIG par les autorités américaines, qui ont engagé plus de 170 milliards de dollars depuis septembre, faisait l'objet d'une audition devant la commission des affaires bancaires du Sénat. Le débat a porté sur les pertes que continue d'enregistrer AIG, après un trou de 99,3 milliards de dollars en 2008, en ayant commis une lourde erreur dans l'évaluation du prix de titres de dette complexes (CDO, "collateralized debt obligation") rachetés à des partenaires d'affaires. Et les sénateurs souhaitaient avoir le nom de ces contreparties qui ont réalisé une transaction très avantageuse.

Le vice-président de la Fed Donald Kohn a expliqué pourquoi la banque centrale ne les fournissait pas. "Notre jugement est que de livrer ces noms minerait la stabilité du groupe et pourrait avoir des conséquences graves sur le reste des marchés financiers", a-t-il justifié.

Le président de la commission, le sénateur démocrate Christopher Dodd, a répliqué que la Fed devrait "revoir" cette politique. "L'opinion publique est maintenant profondément troublée. C'est son argent qui est mis dans ces opérations", a-t-il expliqué. "A un moment où nous devons susciter la confiance de l'opinion publique (...), ce type de réponse la diminue de manière très importante", a affirmé le sénateur.

Un autre élu, le républicain Jim Bunning, a été plus catégorique encore. "Vous nous dites que (...) ces contreparties, le contribuable ne devrait pas savoir de qui il s'agit. Et ensuite, vous pourriez revenir vers nous demander plus d'argent pour d'autres banques, d'autres entreprises. (…) Je freinerai le vote d'une loi, je ferai tout mon possible pour vous empêcher de gâcher l'argent public pour une cause perdue, et c'est ce qu'est AIG", a insisté Jim Bunning.

Donald Kohn s'est néanmoins montré très critique sur le groupe. "Il y a eu une partie du groupe qui n'était pas sous l'autorité de surveillance de qui que ce soit. Et cette partie du groupe a réussi à exploiter la note AAA qui s'appliquait aux activités d'assurance pour avoir ce qui semblait une activité très rentable, l'émission de CDS dans le monde entier", a-t-il expliqué. Les CDS sont des produits d'assurance qui permettent de se couvrir contre le défaut d'un tiers sur sa dette, un marché dans lequel AIG s'est montré hyperactif.

"Mais ils n'ont pas mesuré les risques de manière adéquate, ils ne se sont pas protégés contre l'éventualité très improbable d'un immense affaiblissement du marché immobilier et de l'économie. Cette éventualité s'est produite et ces pertes ont abouti à l'affaissement du groupe dans son ensemble", selon le vice-président de la Fed. Avec pour conséquence la quasi nationalisation d'AIG.