Eurostar: "Nous prévoyons une petite progression en 2009"

Propos recueillis par Guillaume Guichard

— 

La ligne à grande vitesse entre Paris et Londres est maintenant ouverte depuis presque un an. Le 14 novembre 2007, Eurostar inaugurait la gare de St Pancras et le centre de maintenance de Temple Mills, dans l'est londonien. Nicolas Petrovic, directeur général d'Eurostar, dresse un bilan pour E24.

Quel bilan tirez-vous de l'ouverture de votre centre d'entretien?

D'abord, ce nouveau dépôt -qui nous a coûté 500 millions d'euros et 40 millions d'euros par an en entretien- était indispensable pour lancer nos trains sur la nouvelle ligne. Grâce aux 350 employés de Temple Mills, nous avons pu augmenter la fréquence de nos trains de 16 à 18 allers/retours par jour. Du coup, sur notre ligne à grande vitesse, nous avons enregistré une hausse de 10% de nos capacités, avec une forte affluence le week-end.

Dans ce contexte, avez-vous encore des marges de progression?

Oui, et ce même si nous empruntons des infrastructures parmi les plus chargés d'Europe. D'abord, nous pourrions augmenter la cadence des trains et passer à 20 trains par jour. Aujourd'hui, nous n'y voyons pas d'intérêt: en matinée, nous faisons déjà partir un train par demi-heure. Mais à l'horizon 2010, peut-être en aurons-nous besoin d'augmenter. Outre la fréquence, nous pouvons aussi améliorer le taux de remplissage de nos trains, qui est déjà de 75%, voire de 80% en été sur des trains de 750 places. Pour cela, nous comptons sur notre politique de "yield management" (fixation du prix en fonction du taux de remplissage du train, ndr).

Ressentez-vous les effets de la crise?

Il est vrai que notre principale destination, Londres, est la capitale financière européenne. Beaucoup de nos clients travaillent dans la finance. Du coup, nous avons observé un ralentissement du marché des professionnels, qui progresse toujours, mais de manière plus faible. La croissance du nombre total de voyageurs s'est aussi ralentie au troisième trimestre: alors que l'augmentation est de 20% depuis fin 2007, elle n'a été que de 6,4% sur les trois derniers mois.

Et pour 2009?

Il est très difficile de faire des prévisions. Tout dépend du rebond ou non du secteur financier et de l'importance de la récession. Mais, dans ce contexte très difficile, nous espérons une petite progression: le nombre de voyageurs et notre chiffre d'affaires devraient se situer au-dessus de 2008.

Comment envisagez-vous l'ouverture du transport ferroviaire à la concurrence, en janvier 2010?

Nous nous y préparons comme si nous aurions des concurrents, ce qui n'est pas encore sûr. Selon la presse, Air France et Deutsche Bahn seraient intéressés par le trafic trans-Manche. Mais la compagnie allemande a pour l'instant démenti… Et puis, nous avons un grand projet: la rénovation de l'intérieur de nos rames pour 2012. Nous allons choisir un designer début 2009. Un prototype serra testé en 2011 et les nouvelles rames seront opérationnelles en 2012.