Le Windows Phone lancé de Paris

Marion Lippmann

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Le nouveau siège français de Microsoft, à Issy-les-Moulinaux, a été inauguré ce mardi 6 octobre par Steve Ballmer, PDG du groupe, avec un événement de taille: le lancement mondial du Windows Phone. Il s'agit d'un système d'exploitation pour téléphone mobile destiné à concurrencer l'iPhone d'Apple. Avec ce lancement, Microsoft entend repartir à la reconquête du marché des smartphones, sur lequel il est en perte de vitesse et qui est pourtant extrêmement porteur. Mais Microsoft suit avec retard Apple.

En commercialisant ce système d'exploitation, le géant des logiciels affiche sa volonté de profiter pleinement du marché dynamique des smartphones (40,9 millions d'unités vendus dans le monde au 2e trimestre 2009). Ce sont des appareils qui, en plus de téléphoner, permettent, de naviguer sur Internet, d'écouter de la musique ou de regarder des vidéos.

Seize opérateurs, dont Vodafone et Orange (France Télécom), ainsi que sept équipementiers, HTC, Acer, LG, Samsung, Sony-Ericsson, HP et Toshiba, sont associés à cette opération. Une trentaine de mobiles devraient ainsi être disponibles dans le monde d'ici fin 2009. Ces téléphones, qui ne sont pas estampillés Windows, embarqueront Windows Mobile 6.5, le nouveau système d'exploitation de Microsoft pour "smartphones", ces mobiles multifonctions permettant de surfer sur le net.

Grand public

Microsoft veut ainsi conquérir le marché du grand public. D'autres produits lancés récemment par l'Américain ont initié cette stratégie: la Xbox (jeux vidéo), Bing (moteurs de recherche), ou la gratuité des logiciels bureautique Office sur Internet.

Avec le Windows Mobile, Microsoft a déjà investi le marché des smartphones professionnels et vise aujourd'hui le grand public. "Maintenant, la vraie question est le grand public. Ce marché a été bouleversé par Apple. Mais ce n'est que le début. 80 % des Français n'ont pas encore de smartphones", explique à La Tribune Nicolas Petit, directeur de la division mobilité de Microsoft France, reconnaissant ensuite que Windows Mobile, le prédécesseur du système lancé aujourd'hui, était un peu "austère".

Rôle central des opérateurs

Avec ce nouveau produit, Microsoft adopte un positionnement frontal face à l'iPhone. Toutefois, contrairement à Apple, le groupe ne commercialisera pas de téléphone sous sa marque. Six fabricants de smartphones sortent aujourd'hui des appareils fonctionnant sur Windows Phone, à des prix allant de 29 euros à 199 euros. Il s'agit de Samsung, LG, Sony-Ericsson, HTC, et les deux petits nouveaux attirés par la forte croissance du secteur, Acer et Toshiba.

C'est pourquoi Microsoft compte beaucoup sur le soutien des opérateurs, souvent excédés par les exigences d'Apple. Un seul élément est imposé: le menu Démarrer Windows avec le logo doit apparaître sur la page d'accueil du mobile.

Actuellement, pour chaque appareil équipé avec Windows Mobile, l'éditeur gagne environ 8 dollars en moyenne, soit un total de l'ordre de 300 millions de dollars. Comparé aux 58 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel du groupe, et aux 1,6 milliard de dollars générés au dernier trimestre par l'iPhone et tous les services ou accessoires qui y affèrent, ce chiffre paraît modeste. "Windows Phone doit nous permettre d'élargir notre spectre de revenus", admet Nicolas Petit.

Avantages

Quatre caractéristiques du Windows Phone feront la différence face à l'iPhone: la sauvegarde gratuite des données du téléphone sur un serveur (service facturé 79 euros par Apple), l'utilisation gratuite de Messenger (2,5 millions d'utilisateurs en France), l'ouverture simultanée de plusieurs applications et enfin le partage d'une partie du chiffre d'affaires avec les opérateurs.

Le géant américain mise gros sur ce nouveau produit. Le budget publicité pour promouvoir le Windows Phone est d''ailleurs, comme l'indique le groupe, quasiment aussi important que celui de Windows 7, son produit phare pour PC.