Microsoft Explorer dans la ligne de mire de Bruxelles

Guillaume Guichard avec agences

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La guerre entre Bruxelles et Microsoft reprend. Le géant américain du logiciel vient de recevoir une "lettre de grief" de la part des autorités européennes de la concurrence. La Commission reproche à la firme de Redmond d'équiper systématiquement le navigateur Internet Explorer à Windows (90% des PC dans le monde). C'est la conclusion qu'elle a tirée après l'enquête menée depuis un an suite à la plainte du concepteur norvégien de logiciel Opera Software, un navigateur concurrent d'Explorer.

La pratique de Microsoft "est une distorsion de concurrence envers les navigateurs internet concurrents, dans la mesure où elle procure à Internet Explorer un avantage artificiel en matière de distribution", estime la Commission dans un communiqué diffusé vendredi soir. Elle dit "s'inquiéter de ce que, par cette vente liée, Microsoft protège Internet Explorer d'une concurrence frontale avec d'autres navigateurs, au détriment du rythme d'innovation et de la qualité des produits". En outre, cette situation crée pour les fournisseurs de contenus et les développeurs de logiciels "des incitations artificielles" à concevoir leurs produits en premier lieu pour le navigateur de Microsoft.

Les statistiques parlent d'elles-mêmes. Explorer est utilisé par 68% des internautes, selon Net Applications (chiffres décembre 2008). Contre 21% pour Firefox (Mozilla), 7,8% pour Safari (Apple), 1,04% pour Chrome (Google) et 0,7% pour Opera.

La lettre de griefs de la Commission européenne tombe mal pour Microsoft. "Elle signifie qu'un nouveau et dramatique chapitre juridique s'ouvre, qui peut durer des années", selon Sid Parakh, analyste chez McAdams Wright Ragen, cité par Bloomberg. Microsoft a pris acte de ces nouvelles accusations. "Nous sommes déterminés à mener nos affaires en pleine conformité avec la loi européenne", a-t-il assuré dans un communiqué. Le groupe a huit semaines pour répondre à Bruxelles, et le droit de venir défendre oralement son dossier devant les experts européens de la concurrence.

Quelle sera la stratégie juridique du géant du logiciel? La tâche s'annonce délicate: Microsoft est un récidiviste. Il a déjà été condamné pour des faits similaires, concernant le lecteur multimédia MediaPlayer. La société de Redmond avait alors écopé d'une amende de 497 millions d'euros. La plus forte jamais imposée par Bruxelles à une entreprise pour un abus de position dominante. Une note qui a été encore alourdie à 1,676 milliard d'euros en appel en 2007 par la Cour européenne de justice. En cause: le manque de coopération de la firme américaine, qui a dû finalement proposer une version expurgée de MediaPlayer.

Retirer Internet Explorer de Windows causerait un problème de taille à Microsoft, au moment où la firme réoriente sa stratégie vers Internet. Les applications logicielles "sont toutes de plus en plus en relation avec le web et Microsoft tente d'offrir au consommateur un usage plus fluide et connecté", explique Sid Parakh. Un Windows sans Explorer rendrait cette stratégie "beaucoup plus difficile à réaliser", selon l'analyste.