Crise et concurrence acharnée au menu de Microsoft

Guillaume Guichard

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L'année 2009 sera difficile. Du début à la fin. Comme à son habitude, Steve Ballmer, le patron de Microsoft, n'a pas mâché ses mots lors de la présentation de la stratégie du groupe, mardi 24 février. "Cette situation économique est une "réinitialisation", un "reset" en termes informatiques, qui pourrait prendre plusieurs années avant qu'elle soit vraiment achevée, et il faut vraiment réfléchir à ce dans quoi nous investissons", a-t-il expliqué.

D'autant que le marché de l'informatique subit d'importantes mutations. Mauvaise nouvelle pour le concepteur de Windows et de Vista, le marché des ordinateurs de bureau s'essouffle (-1,3% en 2008). Dans le même temps, les ventes d'ultraportables (notebooks) et des smartphones sont en plein boom. Et manque de chance, Microsoft occupe une position nettement plus fragile sur ces deux marchés. Le groupe veut donc continuer d'y investir pour en faire des relais de croissance, a expliqué en substance Steve Ballmer.

Et la pièce maîtresse de Microsoft pour s'y faire une place n'est autre que… Windows. Ainsi, des versions spécifiques de Windows 7, le successeur de Vista, seront développées pour fonctionner sur les notebooks, des machines nettement moins puissantes que les PC, a remarqué le PDG. Ensuite, Microsoft mise sur Windows Mobile, la plateforme développée pour les smartphones. Le groupe n'occupe que la troisième position sur ce marché, derrière Symbian et RIM (le fabricant du Blackberry).

Mais sur ces deux nouveaux marchés, la concurrence est rude et Windows n'est pas en avance. Un retard d'autant plus dommageable qu'il doit maintenant affronter un multitude de concurrents de taille parmi lesquels… Google. La compagnie californienne a annoncé fin 2008 qu'elle lançait Androïd, un nouveau système d'exploitation initialement destiné aux smartphones. Surtout que le nouveau produit de Google, comme tous les logiciels du groupe, est gratuit et permettrait de réduire les coûts de fabrication d'un téléphone portable de 20%, selon Google. Steve Ballmer s'attend aussi à voir arriver Androïd sur les notebooks.

Passant en revue les diverses activités du groupe, Steve Ballmer a indiqué qu'il resterait vigilant sur la part de marché de son navigateur Internet Explorer. Ce dernier voit ses parts de marché s'éroder face à Firefox de Mozilla, même s'il continue à largement dominer Safari d'Apple et Chrome de Google. "Nous travaillons beaucoup à regagner des parts de marché dans les navigateurs, c'est important car les navigateurs sont une composante essentielle d'un système d'exploitation", a-t-il précisé. La tâche s'annonce difficile, surtout si la Commission européenne oblige le groupe américain à donner le choix du navigateur aux utilisateurs de Windows.

Sur l'activité en ligne, enfin, le PDG ne veut pas prendre la crise comme prétexte pour suspendre les investissements dans le moteur de recherche maison, Live. Dans ce domaine, Microsoft est largement distancé par Google. Steve Ballmer a souligné que Microsoft persévèrerait, même s'il n'est "pas raisonnable" d'espérer passer en un an de 4% de part de marché dans les recherches à 25%. A cet égard, il a redit son intérêt pour un partenariat avec Yahoo! qui permettrait de faire concurrence à Google, qui monopolise quelque 63% des recherches sur internet aux Etats-Unis.