Barack Obama dans la nasse de la récession

— 

Dans les derniers jours avant son investiture, Barack Obama faisait un rêve récurrent. Il rêvait que Nouriel Roubini, pour une fois, s'était trompé. Tout en sachant que le professeur à la Stern School of Business de la célèbre New York University est connu pour se tromper rarement, lui qui multiplie sur son blog les scénarios apocalyptiques pour l'économie américaine en 2009. Roubini s'inscrit dans la veine ultrapessimiste et ses oracles chiffrés ont de quoi inquiéter.

Pour lui, le PIB américain (la richesse produite dans le pays en un an) reculera de 5% pendant cette année et la récession se poursuivra en 2010. L'effet de richesse négatif provoqué par la chute du marché immobilier et de la bourse ponctionnera la consommation privée d'environ 600 milliards de dollars. Et ce n'est pas fini: chaque mois, jusqu'au mois de juillet, entre 400.000 et 600.000 jobs devraient disparaître, avec un taux de chômage montant à 8 %, un taux très élevé pour les Etats-Unis. Les constructions de maisons devraient chuter encore de 20 %. Et si ses calculs sont justes, la crise immobilière s'achèvera sur une perte de valeur des maisons de 44 % par rapport à l'euphorie de 2006. Pendant ce temps, le montant des créances bancaires irrécouvrables grimpera jusqu'à 1.600 milliards de dollars, avec le risque de voir de bonnes créances se dégrader dans l'intervalle. Wall Street en prendra ombrage, bien sûr, avec une baisse supplémentaire du Dow Jones de 25%.

Voilà ce qui attend Barack Obama: la pire récession de ces quarante dernières années. Il a décidé d'agir, bien sûr, mais ses projets sont déjà contestés, à la fois dans leur nature et dans leur ampleur.

Pour se rassurer, le nouveau président américain peut au moins se dire que son pays a pris la mesure du risque. Avec 700 milliards de dollars mobilisés pour garantir les crédits bancaires à risque et

825 milliards de dollars
en dépenses publiques pour doper l'économie et recréer les millions d'emplois balayés par la crise, il veut espérer passer entre les gouttes. Il parie que chaque dollar public investi provoquera, directement ou indirectement, la dépense de trois ou quatre dollars d'argent privé. Qu'au bord de chaque route rénovée fleuriront aussitôt commerces, restaurants et entreprises.

C'est un pari risqué. L'effet d'entraînement public/privé fonctionne bien en période d'expansion comme dans les années 50 ou 60, mais pas pendant les périodes de récession comme les années 30 ou l'année… 2009. Le New York Times rappelait récemment que malgré tous les barrages construits par Roosevelt pendant la Grande Récession des années 30, il avait fallu encore donner de l'argent aux ménages pour qu'ils puissent acheter les appareils ménagers consommant l'hydroélectricité. Si Barack Obama décide d'investir lourdement dans de meilleurs panneaux solaires, le succès de sa politique dépendra de la volonté des industriels de les fabriquer et encore plus de la capacité des ménages à les acheter.

Et puis il y a ceux qui jugent qu'en dépit de leur énormité, les sommes qui vont être injectées dans l'économie sont insuffisantes. Le prix Nobel Paul Krugman a fait un calcul simple. Le Département Budget du Congrès (CBO), explique-t-il, a mesuré que la production américaine serait inférieure de 6,8 % à son potentiel pendant 2009 et 2010. Ce qui fait exactement 2.100 milliards de dollars en moins. Pour combler ce trou, poursuit Krugman, Obama met sur la table 825 milliards de dollars et "ce n'est pas assez". Si le nouveau président peut tabler sur le fait qu'un dollar public dépensé se transformera en 1,5 dollar de PIB, il ne doit pas oublier que seulement 60 % de son plan de sauvetage est constitué de dépenses publiques. Le reste? Des baisses d'impôts aux conséquences peu prévisibles.

Où le nouveau président doit-il placer le curseur de l'interventionnisme fédéral? La réponse pourrait bien définir son mandat. Simplement avec les sommes annoncées, le déficit budgétaire dépassera déjà 1.200 milliards dollars cette année. Presque 8 % du PIB. Si l'effet de relance attendu n'est pas au rendez-vous, il sera difficile d'aller plus loin. En outre, les taux d'intérêts sont déjà presque à zéro. Dans le pire des cas, donc, Barack Obama se retrouvera face à une récession majeure sans opoouvor utiliser ni l'arme budgétaire ni l'arme monétaire. Ses talents de leader seront à rude épreuve.