Trois milliards de bonus transférés de Lehman à Barclays?

Julien Beauvieux

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Nouvelle affaire judiciaro-financière en perspective sur fond de bonus? La société chargée de la liquidation de Lehman Brothers souhaiterait en tout cas que la banque britannique Barclays éclaircisse l'utilisation de plusieurs milliards de dollars reçus à la suite du rachat de certaines activités de l'établissement, selon le Financial Times.

Barclays s'était en effet porté acquéreur en septembre dernier des activités américaines de Lehman Brothers pour 1,75 milliards de dollars. Une opération à prix cassé qui s'était traduite par un profit de 3,3 milliards de dollars dans les comptes annuels de Barclays, correspondant à l'écart entre la "juste valeurs" des activités et leur prix d'achat.

Problème: cet écart d'acquisition positif provient d'un transfert de 4,2 milliards de dollars inclus dans la transaction et réalisé après la fusion, selon Bryan Marsal, du cabinet Alvarez & Marsal, qui s'occupe de récupérer les avoirs des créanciers de la banque déchue. Cette somme se décomposait en 2 milliards de dollars visant à payer les salaires, bonus et indemnités de licenciement des salariés de Lehman passés sous l'étendard de Barclays, et à régler pour environ 2,2 milliards de dollars de dettes contractée par la banque mise en faillite.

Or, dans une lettre à Barclays écrite le 19 février dernier, Bryan Marsal demande à Barclays de bien vouloir "réconcilier" les dépenses réellement effectuées avec ses propres estimations, de 900 millions de dollars. Selon lui, Barclays n'a pas pu dépenser plus de 700 millions de dollars en salaires, bonus et indemnités de licenciement. Le montant de remboursement de dettes devrait quant à lui s'élever à 200 millions de dollars, soit dix fois moins que prévu dans le cadre de l'accord d'acquisition.

Où sont alors passés les 3,3 milliards de dollars restant après ces paiements estimés de 900 millions de dollars? Ont-ils servi à rémunérer plus que de raison certains cadres? Autant de questions qui interviennent dans un climat de suspicion à l'égard des rémunérations des banquiers, à l'image de l'enquête du procureur de New-York Andrew Cuomo dans l'affaire des bonus de Merrill Lynch.

"La position du cabinet Alvarez & Marsal est sans fondement et souffre d'une incompréhension des faits. Tous ces détails ont été approuvés par le tribunal des faillites de New York en septembre", a pour sa part déclaré Barclays au Financial Times. Lehman Brothers Holdings, désormais contrôlée par Alvarez & Marsal, a pour sa part estimé qu'il s'agissait d'une simple demande d'information concernant certaines divergences. Affaire à suivre...