Petit lexique de la crise

Jocelyn Jovène

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Les banques font souvent référence à leur capacité d'encaisser les chocs sur les marchés du crédit ou à faire face à un assèchement des liquidités sur les marchés, auxquels se substituent alors les autorités monétaires (Fed, BCE, etc). Deux critères financiers retiennent en particulier l'attention: liquidité et solvabilité.

La solvabilité d'une banque est la capacité d'une banque à couvrir ses risques. Elle est appréciée à travers un ratio de solvabilité qui est le rapport entre les fonds propres réglementaires, définis dans le cadre du comité de Bâle, et les actifs risqués de la banque (les prêts accordés à ses clients, qu'il s'agisse de particuliers, d'entreprises ou d'autres établissements de crédit qui peuvent très bien ne pas être remboursés, ce qui fera perdre de l'argent à la banque. D'où la notion de risque).

La liquidité d'une banque est sa capacité à faire face à des appels de trésorerie dans le cadre d'opérations de financement ou d'opérations de marché. Ainsi une banque est amenée à détenir une variété d'actifs (titres, créances) qui peuvent être convertis rapidement en espèces. Ces fonds lui permettent alors de faire face aux demandes de retrait de ses clients ou à couvrir des opérations avec d'autres banques.

Le contrôle des banques est assuré par la Commission bancaire, rattachée à la Banque de France. Celle-ci dispose d'un pouvoir de sanction, comme lorsque la Société Générale s'est vu infliger une amende de 4 millions d'euros pour des "carences graves du système de contrôle interne" à la suite de l'affaire Kerviel.

Créé par la loi du 25 juin 1999 relative à l'épargne et la sécurité financière, le fonds de garantie des dépôts (www.garantiedesdepots.fr ) est destiné à couvrir les dépôts et titres en cas de défaillance de la banque. Les banques françaises et les filiales d’établissements étrangers adhèrent à ce fonds de garantie. En cas de faillite, chaque client est remboursé à hauteur de 70.000 € maximum pour les espèces. Un montant identique est prévu pour les titres (les actions, obligations, etc.) rendus indisponibles. Les établissements dont le siège social se situe dans un autre pays de l’Espace économique européen bénéficient du mécanisme de ce pays. A titre d'exemple, en Italie les dépôts sont garantis jusqu'à 103.291€ et jusqu'à 20.000 € en Espagne, soit le minimum établi par l'Union européenne. Les gouvernements européens réfléchissent à la possibilité d'accroître le montant de ces garanties.

Le prêteur en dernier ressort, généralement une banque centrale, intervient lorsqu'une banque défaillante peut mettre l'ensemble du système bancaire en danger, et donc, par la suite, l'économie dite "réelle". Il s'agit d'accorder "à titre exceptionnel et dans des situations de crise particulières, des prêts à court terme aux banques commerciales" ayant des problèmes de liquidité.

L'aléa moral est un vaste sujet de théorie financière, mais dans le contexte actuel, la réalité a rattrapé la théorie. On parle d'une situation d'"aléa moral" ("moral hazard" en anglais) lorsqu'un acteur économique est tenté de prendre plus de risque de façon imprudente, sachant qu'il sera de toute façon tiré d'affaire par les pouvoirs publics. Ainsi, en s'engageant à sauver le système bancaire avec un plan de sauvetage ("bailout") de 700 milliards de dollars, les dirigeants américains ont créé une situation d'aléa moral, puisque la crise a été provoquée à la fois par une insuffisance de supervision et des prises de risque inconsidérées de la part des banques comme des particuliers.