Ecclestone, le Napoléon de la Formule Un

— 

Les débuts du petit homme de 1,61m, né le 28 octobre 1930 à Ipswich (Grande-Bretagne), sont loins d'être tonitruants. Pilote de Formule 3 (ces petits bolides de 500 cm3) dans les années 50, il décide tout naturellement de passer à la Formule 1 en 1958. Pour faire son entrée dans la discipline reine des sports automobiles, il choisit le redoutable circuit de Monaco. Ambitieux! Le résultat est catastrophique: il ne parvient pas à passer la barre des qualifications et ne participe donc pas à la course.

Le talent n'y est pas, et il fait preuve d'une terrible malchance. Bernard Ecclestone lâche très vite le volant pour manager le pilote Stuart Lewis-Evans qui se tue en 1958 au Grand Prix du Maroc. La goutte d'eau qui lui fait quitter le sport automobile. Il disparaît pendant 8 ans. Ce n'est qu'un au revoir au monde de la Formule1 dans lequel il revient quelques années plus tard. Riche cette fois.

Il a, paraît-il, fait fortune dans l'immobilier. La légende, qu'il ne contredit que du bout des lèvres d'ailleurs, lui donne plutôt un rôle de premier rang dans la célèbre attaque du train postal Glasgow-Londres en 1963. Il a eu pendant des années la maquette de ce train dans son bureau et il était ami avec Ronald Bigg, "le cerveau" de l'opération, à qui il rendait visite à chaque Grand Prix du Brésil. Mais ce n'est qu'une légende.

Toujours amoureux du sport automobile, malgré ses premières expériences malheureuses, Bernie Ecclestone revient à la F1 en 1966 comme manager du pilote autrichien Jochen Rindt. En 1971, il rachète l'écurie Babham dont il était devenu le directeur d'écurie.

Et comme il n'entend pas laisser la Fédération Internationale du Sport Automobile engranger tous les bénéfices des courses au détriment des constructeurs, il fédère, au milieu des années 70 les principales écuries de F1 au sein de la FOCA (Formula One Constructors Association) afin de négocier des accords avec les télévisions et les organisateurs de Grand Prix. Ecclestone va plus loin. Il entend doter la FOCA d'un droit de regard sur la réglementation sportive. La guerre FISA/FOCA est ouverte.

Une accalmie intervient en 1981. Les Accords Concorde entérinent le partage des pouvoirs: la FISA édicte les règles sportives, la FOCA met la main sur le pouvoir économique. Depuis cette époque, Ecclestone est indétrônable. Il a même étendu son pouvoir à la Fédération internationale de l'automobile (FIA) en plaçant à sa présidence son ami de toujours Max Mosley en 1991. Ils avaient monté la FOCA ensemble. C'est bien en monarque absolu qu'il règne aujourd'hui sur le monde de la F1.

Pour bien cerner le personnage, il ne faut pas se borner à la biographie officielle. Il faut se plonger dans les interviews gratinées de "Bernie" à la presse britannique. On y découvre un homme qui se moque des convenances et cultive un sens aigu du politiquement incorrect. "Un bon dictateur vaut toujours mieux qu'une démocratie", ose-t-il déclarer au Daily Mail en février 2008. Et de lâcher: "il n'y a pas assez de scandale sexuel" dans la Formule 1. A-t-il été un homme comblé lorsque, quelques mois plus tard, la vie très intime de son ami de toujours, Max Mosley a été étalée à la une des journaux populaires? Pour un scandale, c'était un gros scandale.

Cependant, le grand argentier de la Formule 1 a aujourd'hui d'autres soucis. Le modèle économique de son sport commence à vaciller. La crise économique touche de plein fouet les constructeurs automobiles qui souhaitent réduire le budget de leur écurie, quand ils ne décident pas tout simplement d'abandonner les paddocks. Les sponsors, aussi, se retirent pour cause de coupes claires dans les budgets marketings. Le temps des folles dépenses est passé. L'heure des économies a sonné.

Mais, au niveau personnel, Bernie Ecclestone ne doit pas se faire un sang d'encre. Avec un patrimoine estimé à 934 millions de livres (1 milliard d'euros), c'est l'une des plus grosses fortunes de Grande-Bretagne.