Pierre Pringuet reprend l'opérationnel de Pernod Ricard

Anne-Sophie Galliano

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La fin d'un règne. Sans surprise, Patrick Ricard lâche l'opérationnel de son groupe de vins et spiritueux. En septembre, c'était sa dernière présentation de résultats annuels, tous le savait. Mais cette fois, c'est clair: à l'issue du conseil d'administration (qui a lieu ce mercredi 5 novembre après l'assemblée générale), il lâchera la direction opérationnelle pour ne garder que la présidence du conseil d'administration.

Pour la première fois de son histoire le numéro deux mondial des vins et spiritueux français sera dirigé par une personne extérieure à la famille: Pierre Pringuet. L'actuel directeur général, polytechnicien de 59 ans, reste directeur général mais avec la charge totale de l'opérationnel du groupe.

Patrick Ricard laisse la main à un Pierre Pringuet très différent de lui, pour ne pas dire son contraire: Patrick Ricard est extraverti et bon vivant; Pierre Pringuet est posé et discret. L'un est corpulent (Patrick Ricard), l'autre svelte. Mais l'ancien numéro deux a le "spirit" Pernod Ricard. Il a été de toutes les grandes batailles: le rachat des 34% des actifs de Seagram en 2001, qui a propulsé le français à la troisième position mondiale. L'acquisition d'Allied Domecq en 2005, qui a fait de Pernod Ricard le numéro deux du secteur. Et enfin l'acquisition de l'emblématique vodka Absolut cette année. Grâce à 15 marques "premium", en l'espace de huit ans, le chiffre d'affaires de Pernod Ricard a quintuplé à 8 milliards d'euros.

Poursuite de la stratégie

Pierre Pringuet aura à charge d'écrire les nouvelles pages de l'histoire du groupe: digérer les dernières acquisitions (Absolut Vodka) et pourquoi pas repartir à l'assaut du marché. Une éventualité qui n'avait pas été exclue lors de la présentation des résultats annuels du groupe en septembre, dès que l'endettement sera ramené à un niveau plus raisonnable que les 6,1 milliards de dette à fin juin 2008. Il perpétuerait ainsi la stratégie que mène le français depuis quelques années: une grosse acquisition, trois années de digestion. Et ça repart. La prochaine victime pourrait bien être cette fois Diageo, le britannique, leader du secteur.

Une histoire de famille

Le directeur général ne sera pas seul. Patrick Ricard veille. Et la famille contrôle toujours 12% du capital et 20% des droits votes. D'ailleurs, Pierre Pringuet assure surtout l'interlude entre un président Ricard et un autre. Encore faut-il qu'un membre de la famille soit reconnu comme un successeur possible à l'emblématique Patrick Ricard. "Aucun Ricard n'est capable pour l'instant de reprendre les rennes du groupe, mais le prochain PDG sera de nouveau un Ricard", assurait un proche quelques années auparavant.

Car Pernod Ricard est une affaire de famille. En 1932, Paul Ricard invente le Ricard, cinq volumes d'eau pour une dose d'anis. En 1975, il fusionne sa société avec Pernod, son concurrent direct sur le marché du "petit jaune". En 1978, Paul Ricard laisse le poste de PDG à son fils, Patrick Ricard. En interrompant la lignée des Ricard à la tête de leur groupe, Patrick Ricard ne prend pas le risque de voir l'adage "le grand père fonde l'entreprise, le fils la développe et le petit fils la coule" se réaliser.