Vivendi, seul maître à bord de Canal+

Catherine Vincent

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C'est l'épilogue d'une vieille affaire, celle d'un échec commercial –celui de TPS- et d'une fusion dans la télévision par satellite (CanalSat-TPS), qui commence.

TF1 sort de Canal+ France,
une structure juridique intermédiaire créée dans le seul but de rassembler les parts de l'ensemble des coactionnaires du Groupe Canal+ sans leur donner trop d'importance. Ils sont trois aujourd'hui aux côtés du Groupe Canal+ (65%): TF1 (9,9%), M6 (5,1%) et Lagardère (20%).

Mais pour mieux comprendre cette opération, il est nécessaire de connaître la structure juridique de Canal+. Vivendi est actionnaire à 100% de Groupe Canal+. Cette entité détient, elle, 65% de Canal+ France aux côtés de TF1, M6 et Lagardère. Et Canal+ France détient 49% de Canal+ SA, la chaîne de télévision, dont 51% du capital est en Bourse. C'est compliqué mais il faut juste retenir que

Vivendi
veut être seul maître à bord.

Décote

La sortie de TF1, qui doit être finalisée avant la fin de l'année, lui rapporte 744 millions, argent dont elle disposera pour financer le rachat de TMC et NT1. Comme il s'agit d'une offre anticipée, une décote de minime a été appliquée par rapport au prix plancher fixé si TF1 était sorti à l'échéance prévue (février 2010). Mais cela présente l'avantage de faire entrer de l'argent dans ses caisses dès cette année.

Une offre équivalente a été faite à M6. Si le groupe la saisit avant la fin de l'année, la même décote sera appliquée sur le prix de vente. M6 empocherait environ 383 millions en 2009. S'il attend février 2010 comme le prévoient les accords, Vivendi lui versera 384,2 millions. Entre ces deux options, tout est question de stratégie. Le choix revient à Nicolas de Tavernost, le président du directoire de M6.

Les options de M6

Une autre voie s'ouvre néanmoins à lui: racheter les 9,9% de TF1 et porter sa participation dans Canal+ France à 15%. M6 dispose d'un droit de préemption sur ces parts et a 30 jours pour le faire jouer. Cela semble pour autant peu vraisemblable: quelle serait la logique industrielle d'une participation très largement minoritaire dans cette structure largement contrôlée par Vivendi? Les temps sont durs, le marché de la pub est tendu, mieux vaut faire entrer du cash.

Les parts de TF1 et M6, valorisées au total 1,13 milliard d'euros pour 15% lors de la fusion entre CanalSat et TPS (qui était détenu à 66% par TF1 et 34% par M6), étaient comptabilisées dans la dette de Vivendi depuis 2007. Cette opération est donc indolore pour le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy. Le groupe avait annoncé dès septembre 2008 sa volonté de racheter les parts des minoritaires dans Canal+ France.

Lagardère, un cas différent

Le cas des 20% de Lagardère est différent. Arnaud Lagardère a précisé la semaine dernière qu'il souhaitait se désengager de Canal+ France. Deux options s'offrent à lui: vendre ces 20% à Vivendi ou introduire en Bourse sa participation. Si d'ici là Vivendi a racheté les participations de M6 et TF1, il contrôlera 80% de Canal+ France. Le groupe peut donc largement se contenter d'avoir 20% de Canal+ France en Bourse. Monter à 100% n'est donc pas une question prioritaire.

Lagardère dispose pour sa part d'une fenêtre annuelle prévue du 15 mars au 15 avril jusqu'en 2014 pour céder sa participation. Pour l'instant, Canal+ France n'est pas une société cotée.

Après avoir gagné du terrain lundi soir à la suite de l'annonce de l'accord de rachat des parts de TF1, le titre Vivendi reculait dans la matinée de 0,96% à 19 euros. Celui de TF1 gagnait 3,04% à 12,88 euros dans un marché en baisse de 0,27%.