Obama: la victoire et le piège

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Les grandes victoires politiques peuvent se transformer en pièges.

Barack Obama, qui a lu beaucoup de livres d’histoire américaine, le sait mieux que personne. Après une victoire personnelle éclatante, doublée d’un net renforcement des démocrates au Sénat et à la Chambre des Représentants, le parti démocrate tient dans ses mains tous les leviers du pouvoir. C’est une abondance dont, paradoxalement, il ne sera pas facile de tirer profit. D’abord parce que ce "surpouvoir" peut faire perdre au camp vainqueur le sens des réalités. Ensuite parce que l’inévitable retour aux réalités risque de creuser dans ce camp des rivalités périlleuses. Bill Clinton pourra lui en toucher deux mots. Sa grande victoire contre George Bush père en 1992 lui avait offert un Congrès à sa main. Et pourtant, la réforme du système de santé, sa grande promesse de campagne, n'avait jamais été votée.

Heureusement, pourrait-on dire, il y a la crise financière, la plus grave depuis celle de 1929, et la récession, qui s’annonce comme l'une des plus profondes depuis la seconde guerre mondiale. Ces deux urgences vont cadrer immédiatement les décisions de la future administration qui entrera en fonction le 20 janvier, dans 10 semaines. Pour Obama, la question est simple: comment résoudre la crise financière – en clair comment durcir la réglementation? – sans étrangler ce qui reste de vigueur à l’économie américaine? Comment imposer de nouvelles règles aux banques tout en les incitant à prêter aux entreprises? En France, nous sommes au beau milieu de la même réflexion.

Obama a bien sûr l’atout de la nouveauté. Comme on dit à Washington, il est maintenant "le seul jeu en ville" et c’est lui le chef d’orchestre. A lui de montrer qu’il n’est pas un démocrate "tax & spend" (Je taxe et je dépense) de plus.

Il doit commencer par nommer très rapidement son secrétaire car cet homme, ou cette femme, prendra à une place prépondérante, plus, sans doute, que le secrétaire d’Etat, traditionnellement le ministre le plus gradé du cabinet américain.

Ensuite, il faudra décider de l’ampleur du plan de relance. Le chiffre de 300 milliards de dollars circule à Washington. La somme n’est pas folle en soi, mais les finances publiques sont en mauvais état, avec un déficit budgétaire qui pourrait dépasser 1000 milliards de dollars en 2010. Dans ces conditions, il y a intérêt à ce que le plan de relance ne soit pas un coup d’épée dans l’eau, qu’il stimule vraiment la consommation (surtout à la veille de Noël) et l’investissement, ces deux moteurs irremplaçables de la croissance américaine. On peut évidemment redouter que cette relance, via des programmes d’aide aux plus démunis, ne se transforme en dépenses définitives. Cela s’est déjà vu.

Enfin, quand il va s’attaquer au marasme de l’industrie financière, il faudra du doigté. Les milieux d’affaires sont instinctivement méfiants à l’égard d’un démocrate. Jeffrey Immelt, le pdg de General Electric, déclarait il y a peu au Wall Street Journal: "Si vous croyez qu’ils vont installer des régles plus strictes uniquement aux institutions financières, vous êtes cinglés. Il y en aura aussi dans la santé, dans l’énergie et ailleurs".