Vivendi vise des acquisitions à l'international

Catherine Vincent

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"Pour Vivendi, la crise n'est pas une réalité aujourd'hui", a indiqué Jean-Bernard Lévy, président du directoire de Vivendi, lors de la 11e conférence annuelle médias des Echos. Autrement dit, le groupe ne souffre pas (ou pas encore) des effets de la récession. "Notre business modèle fondé sur l'abonnement permet d'avoir une meilleure capacité à résister à la crise", a-t-il expliqué.

Alors pourquoi ne pas en profiter pour faire des emplettes. C'est justement ce qu'a annoncé Jean-Bernard Lévy qui espère profiter des valorisations en baisse des différents groupes pour faire des "affaires intéressantes". Et ce dans les "18 à 24 mois qui viennent". "Nous aurons probablement les moyens et nous espérons trouver des opportunités de faire évoluer notre périmètre", a ajouté le président de Vivendi.

Acquisitions sur les cœurs de métier

Mais pas question pour autant d'aller dans des domaines étrangers à ceux du groupe. Ses cœurs de métiers sont et resteront la musique, les jeux, les télécommunications et les médias. D'ailleurs, la première cible, compte tenu de l'objectif d'aller sur des marchés à plus forte croissance que la France, pourrait être Digital+ en Espagne.

Jean-Bernard Lévy -tout comme Bertrand Méheut, président du directoire Groupe Canal+, l'a fait en marge de la conférence- a reconnu l'existence de discussions préliminaires pour le rachat de la télévision payante espagnole Digital+. Cet actif est "semble-t-il" mis en vente par Prisa. "Nous avons entamé des conversations préliminaires, exploratoires, avec Telefonica" qui serait le partenaire de Canal+/Vivendi dans le cas où l'opération se ferait, a détaillé Jean-Bernard Lévy.

Digital+

Si Bertrand Méheut a refusé, en marge de la conférence, de donner davantage de détails sur ces négociations à un stade embryonnaire, il a logiquement rappelé que lorsque son groupe s'intéresse à un actif, ce n'est pas pour en laisser le contrôle. Autrement dit, Telefonica serait partenaire mais Canal+ serait opérateur de Digital+. Deux chaînes payantes ne peuvent créer que des synergies éditoriales limitées dans la mesure où les cultures des différents pays diffèrent. Mais sur le plan de la logistique, de la gestion, de la prospection et de la fidélisation des abonnés, Canal+ a un véritable savoir-faire exportable.

Or le marché espagnol a un véritable potentiel de développement. Alors qu'en France la fusion entre CanalSat et TPS a "fait plus de 2", selon les termes employés par Bertrand Méheut, en Espagne, la fusion entre les deux plateformes de télévision payante "n'a fait qu'un". Plus clairement, après la fusion CanalSat-TPS, CanalSat a conservé les abonnés des deux plateformes et a même augmenté leur nombre. En Espagne, la fusion n'a pas permis d'augmenter le nombre des abonnés d'un seul opérateur. Tous les autres se sont désabonnés. Canal+ aurait donc un fort potentiel de recrutement de nouveaux abonnés pour Digital+.

Expansion internationale

L'Espagne est-elle le début d'une expansion internationale pour Canal+? Oui répond clairement Bertrand Méheut. Et la période s'y prête dans la mesure où Bertrand Méheut a toujours été partisan du juste prix. Il n'entend pas surpayer un actif et la crise l'y aidera surement. Parce qu'il est aujourd'hui impossible de s'implanter dans un pays développé autrement que par le rachat d'un opérateur existant. Une création serait suicidaire.

Canal+ va donc renouer avec une présence internationale qu'il avait abandonnée à l'heure des difficultés financières. Il faut dire que la France n'est plus le marché porteur qu'elle a été. Et les perspectives sont limitées, comme le remarquait Jean-Bernard Lévy lors de la conférence Médias. "Les mois qui viennent seront plus difficiles pour les recrutement". Dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat il devient difficile de convaincre quelqu'un de dépenser entre 30 et 60 euros par mois pour des programmes de télévision. Surtout quand l'offre de Télévision numérique terrestre gratuite comprenant 18 chaînes se développe.

Orange

Et sur la concurrence d'Orange qui attaque Canal+ sur ses domaines de prédilection que sont le foot et le cinéma, Jean-Bernard Lévy reconnaît que ça n'aide pas. Surtout que, selon lui, cette stratégie ne crée aucune valeur pour France Télécom du temps qu'il lui faudra pour rentabiliser les coûts dépensés dans les programmes.