Les énergies fossiles risquent de rester largement dominantes

Thibaud Vadjoux

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Les énergies renouvelables sont à la mode. Pourtant elles risquent fort de rester minoritaires dans le mix énergétique futur si les tendances actuelles se poursuivent.

Les perspectives à l'horizon 2030 de l'Agence Internationale de l'Energie (OCDE), publiées en novembre 2009, nous ramènent à des réalités graves. L'AIE a construit dans le "World Energy Outlook 2009" un scénario central que l'on pourrait qualifier de "business as usual" où l'inertie des gouvernements et des comportements dominerait.

Trois constats s'imposent dans ce scénario qu'il faudrait éviter (hausse de 6 degrés de la température mondiale):

A l'horizon 2030, les énergies fossiles (pétrole, gaz charbon) représenteront environ 80% de la consommation mondiale d'énergie. La croissance économique mondiale forte doit être alimentée par une forte demande d'énergie. Celle-ci va progresser de 40% par rapport à 2007 (+1,5% par an) et à 77% elle sera assurée par les énergies fossiles avec le charbon comme énergie reine (près de 2% de croissance par an).

Deuxième constat connu:

les pays non-OCDE
vont compter pour 90% de la hausse de la demande d'énergie. Ils pèsent de plus en plus dans le partage du gâteau énergétique, leur part va passer de 52 à 63% entre 2007 et 2030 sous l'effet d'une croissance économique et démographique forte. La Chine et l'Inde représenteront 53% de la hausse de la demande, suivi du Moyen-Orient avec 10%.

La Chine va devenir le premier importateur de pétrole et gaz en 2025 devant les Etats-Unis. L'Inde va dépasser le Japon en 2020 pour prendre la 3e place, prévoit l'AIE.

Cependant, rapporté au nombre d'habitants, les pays émergents et en développement consommeront moins que les pays développés. D'où leurs revendications d'un traitement différencié dans la réduction des gaz à effet de serre à Copenhague.

Trosième constat de l'AIE: ce n'est pas l'épuisment des réserves en hydrocarbures qui risquent de freiner la croissance de la demande. "Il y a suffisamment de ressources mondiales en énergie pour répondre à la prévision de demande en 2030 et bien au-delà", souligne l'AIE.

Evolution prévue par source d'énergie:

Pétrole: après une baisse de 0,2% en 2008 et de 2.2% en 2009, la demande va repartir avec le retour de la croissance pronostique l'AIE dans son scénario central d'inaction. La demande de pétrole va passer de 85 millions barils jour à 105 millions en 2030 (soit une hausse de 1% par an) avec un baril qui atteint 90 dollars en 2020 puis reste stable. Le pays non-OCDE représentent 97% de la hausse de la demande mondiale.

Charbon: Energie bon marché, "la demande en charbon va progresser le plus fortement que tout autres sources d'énergies - excepté les énergies renouvelables (biomasse, déchets, solaires et éolien – hors hydro)", note l'AIE. Sa demande va augmenter de 1,9% par an. Le charbon assurera 44% de la production d'électricité en 2030 dont la demande va aussi exploser (2.5% par an), surtout dans les pays en développement.

Gaz: L'AIE prévoit une hausse de 1,5% par an de la demande de gaz. 80% viendra des pays non-OCDE. Les plus fortes hausses seront le fait du Moyen-Orient, de la Chine et de l'Inde mais les Etats-Unis, la Russie et l'Europe resteront les plus gros consommateurs en 2030.

Nucléaire: La demande en énergie nucléaire progressera de 1.3% par an de 2007 à 2030. Mais pas suffisamment pour gagner des parts dans le mix énergétique mondial futur. La part du nucléaire baissera même de 5,9% en 2007 à 5,7% en 2030.

Renouvelables: les nouvelles énergies renouvelables vont connaître un boom. Mais par rapport aux énergies fossiles, elles resteront relativement faibles si rien n'est fait. Leur part va passer de 0,6% en 2007 à 2,2% en 2030.

La biomasse traditionnelle (bois, charbon de bois, déchets agricoles…) va rester aussi une source d'approvisionnement importante en énergie pour les pays en développement. Problème: elle est souvent source de dégâts écologiques et sanitaires (déforestation, intoxication, CO2…)

A Copenhague, les engagements de réduction des émissions de CO2 auront du mal à tenir face aux réalités économiques et aux besoins fondamentaux en énergie des émergents.

A moins d'un boom mondial des énergies renouvelables, c'est aussi sur l'efficacité énergétique qu'il faudra compter pour émettre moins de CO2 tout en préservant la croissance des pays émergents.